« 𝘊’𝘦𝘴𝘵 𝘧𝘢𝘯𝘵𝘢𝘴𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘤𝘦 𝘲𝘶’𝘰𝘯 𝘱𝘦𝘶𝘵 𝘴𝘶𝘱𝘱𝘰𝘳𝘵𝘦𝘳… » Guillaume Apollinaire
Et lire *Clément* de Romain Lemire – le cherche midi éditeur – est un concentré de ces mots.
Le livre s’ouvre sur une phrase :
« On ne sait pas ce que le passé nous réserve. »
Et puis, quelques lignes plus loin, cette autre phrase, aussi simple, aussi foudroyante :
« Voila, tu la connais l’histoire. »
Non. On ne la connaît pas encore. Mais on va la traverser avec lui.
Le livre s’appelle *Clément*.
Clément, c’est l’enfant. C’est l’auteur. C’est Romain Lemire – parolier, comédien, chanteur, pianiste – qui a mis quarante-sept ans à trouver comment revenir chercher ce garçon de sept ans qu’il avait laissé quelque part dans le noir.
Paris. Montparnasse. Les années 80. Une enfance cultivée, joyeuse, aimante.
Un père professeur de français – brillant, qu’on écoute, qu’on regarde. Une mère qui travaille dans l’édition. Deux frères, Pierre et Victor. Une sœur, Estelle. Une maison familiale l’été. Des grands-parents, des cousins, des cousines, des amis.
Et dans ce « décor-là », le père viole Clément. De ses sept ans jusqu’à ses quatorze ans.
Ce qui distingue *Clément* de tant d’autres bouleversants témoignages, c’est que Romain Lemire a compris quelque chose d’essentiel, on ne peut pas raconter l’inceste depuis la hauteur de l’adulte qui sait. On ne peut pas descendre dans le noir avec un projecteur.
Il faut y retourner avec les yeux qu’on avait alors. Les mains qu’on avait alors et les mots qui manquaient alors.
« Ecrire à hauteur d’enfant »
Et c’est remonter *Clément*. Par paliers…
*Clément* de Vincent Lemire – Cherche-Midi Éditeur
Prix Goncourt du premier roman – 2026










