Précaire…

« Jamais je n’aurais cru qu’il pût y avoir autant de sang dans une maman… »*

Cette phrase lancée par Guy Allix, jadis, comme un aveu originel, fissure d’une façon implacable toute la vie de Guy Allix. 

Elle devient la terre remuée de tous ses poèmes. Elle devient le vent d’errance qui l’habite à chaque fois qu’il disparaît. 

Elle a indéniablement tissé le titre de son  nouveau recueil *Précaire*.

Dans ce recueil, chaque page est un espace dépouillé.

Le poète avance dans ce vide. Il observe, il nomme, il expose ce qui vacille, ce qui manque, ce qui pourrait s’effondrer à tout instant. 

Et pourtant, paradoxalement, tout tient. Tout est tenu par le rythme des mots, par la précision des images, par ce fil poétique qui agit comme un levier invisible.

*Précaire, c’est aussi comme une grande correspondance unilatérale et un peu testamentaire. Des chapitres pour raconter, pour expliquer tout le manque, toutes les absences, mais aussi de très belles pages de remerciements à tous ceux qui ont compté pour le poète. 

La langue est tremblante mais rigoureuse, comme si chaque mot devait tenir le monde à bout de souffle. Comme si chaque phrase devait faire office de pont au-dessus du vide.

Tout dans ce recueil est une leçon d’abandon maîtrisé.

Le poète ne cherche ni la consolation ni l’illusion.

Il a pour harnais le poème : 

[…] Que tu filtres la parole

De ce même fil sombre

Qui vient coudre les lèvres

Jusqu’à ce cri sourd

Où suinte l’essentielle absence […]

Tout est dit ou presque. Le harnais s’use avec le temps mais il tient encore. 

Et puis, il y a des souvenirs qui portent des images, ainsi  cette jeune femme sur une terrasse  et des rires que l’ombre a rattrapés trop vite. Et une autre qui me touche particulièrement, c’est celle d’un ami trop tôt disparu et qui nous laisse un paysage incendié. 

*Précaire* est un livre où la frugalité est de mise. Elle suffit à tenir le fil de vie.

Et sur une page blanche et dépouillée,  ces mots :

« Seule la tendresse parfois te met à l’heure du monde… »

Et bouleversés nous refermons avec précaution le recueil.

Un homme *Précaire* continue de se dépouiller. 

Et ces mots magnifiques de la Préface signée Adam Katzman comme pour continuer de faire escorte à ce « magnifique errant » :

[…] Aussi longtemps que ta guitare sera bien accordée, toi, Guy le poète voyageur, tu sauras prendre le vent pour y lancer les mots très simples de ta poésie, pour faire évoluer dans le ciel le cerf-volant de tes phrases implacablement  justes et vraies pour les faire claquer dans l’azur. Pas pour nous épater, pas pour nous en imposer, pas pour la gloire. Juste parce qu’il doit en être ainsi, par fidélité, par amour, pour tes amis et les femmes qui t’ont aimé et qui continuent de t’aimer […]**

Guy Allix, *Précaire*, Jacques André Éditeur

**Lumineuse Préface d’Adam Katzman

* Tirée de Maman, j’ai oublié le titre de notre histoire 

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