Chroniques

*Ce que tu me voiles*

La lumière comme épreuve…

Il y a des images qui ne se contentent pas de montrer, elles questionnent celui qui regarde jusqu’à le mettre en demeure de répondre. C’est le cas des photographies de Sylvie Aflalo

Des portraits de femmes. Opulentes, vulnérables, belles. Certaines pourtant semblent vouloir cacher une part d’elles-mêmes. Toute une gestuelle de retrait.

Dans ces photographies nimbées de lumière jusqu’à parfois la disparition,  cette lumière blanche n’est pas seulement un moyen, mais une véritable épreuve intérieure. Elle fouille les contours, insiste sur les creux, remonte les surfaces comme une marée silencieuse. Le spectateur est pris à partie. Et il est déjà à l’intérieur du territoire  de l’image.

Dans certains portraits, quelque chose vacille. Un seuil est franchi. 

Le regard ricoche sur une épaule, une nuque, un sein. Ce déplacement crée un trouble. 

La personne photographiée semble à la fois proche et irrémédiablement  distante, comme si le blanc de l’image en faisait une statue.

 Sylvie Aflalo-Haberberg dans son approche photographique semble collecter des bribes, des murmures, des secrets…

 En photographiant ces femmes, elle ne les fige pas.

Elle les réinscrit  dans une autre circulation, celle de notre regard et aussi de notre mémoire. Elles deviennent inoubliables.

Et ce que l’artiste nous montre est une magnifique leçon de dépouillement. 

Car pour atteindre ces « images », il ne suffit pas de maîtriser un appareil ou une technique. Il faut apprendre à renoncer à la volonté de contrôler, à laisser se défaire la tentation de tout cadrer, tout comprendre, tout dominer. 

La photographie devient alors terre d’accueil d’un mystérieux confessionnal.

 Et c’est peut-être à cet endroit précis, là où le geste s’ouvre à ce qu’il ne sait pas prévoir, que l’art commence vraiment. 

Chaque image devient ainsi un territoire puissant et fragile… et dans l’obscur de la lumière quelque chose de sacré, de mystique se glisse.

Peut-être cette part d’âme débusquée soudain par Sylvie Aflalo-Haberberg et ses photos, mais aussi par les textes magnifiques et troublants qui les accompagnent. Ces textes signés de Jean-Paul Gavard-Perret.

Pour cette première Chronique de Jeanne de l’année, j’ai choisi la lumière comme épreuve. 

Sylvie Aflalo-Haberberg, *Ce que tu me voiles*

Sylvie Aflalo-Haberberg Éditions.

De ci... De là...

Merci…Merci…Merci…

Il y a tout ce que je n’aurais jamais pu faire sans Anne Ghisoli et son équipe de la Librairie Gallimard Paris. Et de tout le travail en amont, pendant, après. La beauté des affiches, des vitrines, de l’accueil. 

L’élégance du geste…

Pour tous les Fils de MémoireS, merci Anne, les équipes et la Librairie Gallimard.

Merci aux invités, aux intervenants venus parler, douter, rire, se contredire et se rencontrer autour d’un thème et de leurs livres chacun.

Merci au public présent et à celui du lendemain qui à distance va voir la captation et être présent aussi.

Il y a également ces Escales de Jeanne, impossibles sans chacune et chacun d’entre vous qui avez accepté de venir converser, rire, douter parfois, confier souvent. Merci à vous infiniment.

Merci aux lieux qui nous ont accueillis pour les Escales de Jeanne :

La Librairie du Cinéma Panthéon

Le Café de Flore

La Closerie des Lilas

La Brasserie restaurant Les Éditeurs

La Maison Edgard

Le Café de la Contrescarpe

La Maison de la Radio

La Brasserie Lipp,

Le Mabillon

Les Ondes.

 Chroniques de Jeanne 

Merci aussi pour les Chroniques de Jeanne qui n’existeraient pas sans les auteurs, les livres, les éditeurs, les attachés de presse, les libraires et les librairies

Merci à Alain Hoareau qui contribue à tout cela. En musique bien sûr, mais également en réflexion et en présence.

Merci à Christophe Pommier qui permet de garder vivante toute cette mémoire en mouvement.

Et voilà toute une rétrospective en images de tout ce que nous avons déjà fait ensemble.

Et nous continuerons à le faire ensemble, en 2026.

Avec la même exigence. La même joie. La même confiance. La même liberté.

Bonne année à toutes et à tous.

Qu’elle nous soit douce, vivante et joyeuse 

Interviews

L’escale de Jeanne avec Pierrette Jacqueson

Pierrette Jacqueson, À sa manière…

Dans la voix de Pierrette Jacqueson, quelque chose tremble et se redresse aussitôt. C’est une intranquillité apprivoisée.

Peindre, pour elle, n’est ni refuge ni posture, mais la manière la plus exacte de tenir debout, d’affronter le manque, les absences, le secret de l’enfance toujours  en filigrane. 

Entre lumière et retrait, elle avance à pas mesurés, guidée par des couleurs qu’elle écoute avant de les poser. 

Ici, la création est un chemin intérieur où l’absence devient alliée, où la poésie, la chanson et le geste pictural composent une même « langue ».

Pierrette Jacqueson nous offre deux parties dans cette Escale de Jeanne. La première est une « lecture de soi ». 

La seconde partie est celle des questions et des réponses. 

L’artiste répond  avec cette gravité douce qui est celle de ceux qui ont été traversés par de lumineux éclats, lumineux et coupants….

Merci à La Brasserie Les Ondes qui nous a reçues.

Un peu de bruit certes, mais des bruits de vie.

Interviews

L’escale de Jeanne avec Jean-François Jabaudon

Il vit entre lac et montagne. Il écrit de la poésie, il peint, il fait de magnifiques photos et il pose ses poèmes sur les photos.

Il aime « Les passantes » de Georges Brassens. 

Il chante le poème chanson, comme on se souvient…

Chez lui, l’art n’est jamais une posture. C’est une façon de tenir debout, de saluer ce qui passe sans le posséder.

Lui, c’est Jean-François Jabaudon

Escale à distance

Interviews

Au Fil des Titres avec Alain Hoareau

*Au Fil des titres* de Jeanne Orient

C’est une nouvelle rubrique. C’est un format court. 

Un auteur nous parle des titres de ses livres. Car un livre n’arrive jamais par hasard. Il traîne derrière lui une généalogie, une chambre  à échos, faites de sons et « d’images ». 

Pourquoi une telle émission ? 

Parce qu’une interview consacrée aux titres, c’est demander à l’auteur : 

-D’où vient ce mot que vous avez osé poser en façade ? 

-Quelle histoire secrète transporte-t-il ? » 

En somme c’est une émission où l’auteur se raconte par ce qu’il a osé nommer ou ce que son éditeur l’a aidé à nommer. 

Et derrière ces titres, la littérature reprend peut-être son rôle le plus émouvant : faire entendre la vie cachée des mots.

Et c’est avec Alain Hoareau que nous ouvrons cette nouvelle rubrique.

Il a déjà neuf  livres publiés et un nouveau sur le chemin.

Et bien sûr je reviendrai vers d’autres  ici et ailleurs pour parler des titres des livres et de la vie cachée des mots 

C’est fascinant un titre…

Interviews

L’escale de Jeanne avec Véronique Bergen

« Tout art a produit des merveilles, l’art de gouverner n’a produit que des monstres »

Saint-Just

Dans ce roman *Saint-Just* aux Éditions Tinbad, Véronique Bergen nous raconte la Révolution française, la Terreur, Saint-Just.

Elle précise qu’elle n’est pas historienne.

Elle a choisi la fiction pour combler les blancs qui raconte cette période, qui disent Saint-Just et une polyphonie où toutes les voix sont convoquées.

Dans cet entretien, nous revenons avec elle également sur le geste d’écriture, la matière historique, les voix fantômes, la poésie comme respiration, et la manière dont un révolutionnaire de vingt-six ans parle encore à nos soulèvements contemporains.

L’Escale s’est faite à distance.

Merci infiniment à elle. 

Véronique Bergen, *Saint-Just* – Editions Tinbad

Chroniques

*Précaire*

Précaire…

« Jamais je n’aurais cru qu’il pût y avoir autant de sang dans une maman… »*

Cette phrase lancée par Guy Allix, jadis, comme un aveu originel, fissure d’une façon implacable toute la vie de Guy Allix. 

Elle devient la terre remuée de tous ses poèmes. Elle devient le vent d’errance qui l’habite à chaque fois qu’il disparaît. 

Elle a indéniablement tissé le titre de son  nouveau recueil *Précaire*.

Dans ce recueil, chaque page est un espace dépouillé.

Le poète avance dans ce vide. Il observe, il nomme, il expose ce qui vacille, ce qui manque, ce qui pourrait s’effondrer à tout instant. 

Et pourtant, paradoxalement, tout tient. Tout est tenu par le rythme des mots, par la précision des images, par ce fil poétique qui agit comme un levier invisible.

*Précaire, c’est aussi comme une grande correspondance unilatérale et un peu testamentaire. Des chapitres pour raconter, pour expliquer tout le manque, toutes les absences, mais aussi de très belles pages de remerciements à tous ceux qui ont compté pour le poète. 

La langue est tremblante mais rigoureuse, comme si chaque mot devait tenir le monde à bout de souffle. Comme si chaque phrase devait faire office de pont au-dessus du vide.

Tout dans ce recueil est une leçon d’abandon maîtrisé.

Le poète ne cherche ni la consolation ni l’illusion.

Il a pour harnais le poème : 

[…] Que tu filtres la parole

De ce même fil sombre

Qui vient coudre les lèvres

Jusqu’à ce cri sourd

Où suinte l’essentielle absence […]

Tout est dit ou presque. Le harnais s’use avec le temps mais il tient encore. 

Et puis, il y a des souvenirs qui portent des images, ainsi  cette jeune femme sur une terrasse  et des rires que l’ombre a rattrapés trop vite. Et une autre qui me touche particulièrement, c’est celle d’un ami trop tôt disparu et qui nous laisse un paysage incendié. 

*Précaire* est un livre où la frugalité est de mise. Elle suffit à tenir le fil de vie.

Et sur une page blanche et dépouillée,  ces mots :

« Seule la tendresse parfois te met à l’heure du monde… »

Et bouleversés nous refermons avec précaution le recueil.

Un homme *Précaire* continue de se dépouiller. 

Et ces mots magnifiques de la Préface signée Adam Katzman comme pour continuer de faire escorte à ce « magnifique errant » :

[…] Aussi longtemps que ta guitare sera bien accordée, toi, Guy le poète voyageur, tu sauras prendre le vent pour y lancer les mots très simples de ta poésie, pour faire évoluer dans le ciel le cerf-volant de tes phrases implacablement  justes et vraies pour les faire claquer dans l’azur. Pas pour nous épater, pas pour nous en imposer, pas pour la gloire. Juste parce qu’il doit en être ainsi, par fidélité, par amour, pour tes amis et les femmes qui t’ont aimé et qui continuent de t’aimer […]**

Guy Allix, *Précaire*, Jacques André Éditeur

**Lumineuse Préface d’Adam Katzman

* Tirée de Maman, j’ai oublié le titre de notre histoire 

Chroniques

*Chergui*

*Chergui* ou le conte rendu au vent…

C’est un conte initiatique.

Une cité posée dans le désert

Un vent, le Chergui s’y engouffre et sans comprendre, certains des habitants plongent dans un endormissement qui les fait retrouver leur moi dans leur rêves. 

Le *Chergui* est à la fois un personnage et un meneur. 

Puis arrive un cavalier calligraphe. Il écrit  sur le sable. Le vent  se couche et n’efface pas les mots. 

Il y a des couleurs, de l’ocre, du bleu indigo et des chevaux. 

*Chergui* est un conte. Avec le merveilleux et la cruauté des contes.

*Chergui*, c’est la beauté d’une écriture. Sa poésie, sa liberté, sa sensualité.

Cette écriture est celle de Joëlle Pétillot.

« Laisse moi dans mon rêve où je rêve que je ne rêve pas » nous dit-elle.

*Chergui*, Joëlle Pétillot, Éditions Fables Fertiles

De ci... De là...

Rien qu’un mauvais rêve…

Allons-nous revivre la bataille d’Hernani , celle du Sacre du printemps ?  

Nous vivons assurément une époque moderne comme le disait un matutinal et célèbre chroniqueur. 

Symphonie fantastique ( merci Hector), décadence en tout genre, après un bal, l’idée fixe et la descente aux enfers  : la redoutable décadence revient ronger les rêves des résistants réunis. 

Mais non. On ne se bat plus dans les salles de spectacle, les théâtres. On tient des tribunes, on enflamme la toile, ou pour le moins on méprise. 

Entartete Muzik… mais il n’y a pas que la musique bien sûr…. Littérature, culture. 

Entartete Kunst…. sinistre refrain qui sort de plus en plus régulièrement des souterrains. 

Cela demeurerait risible si de tels assauts s’en tenaient  à quelques salons, à quelques plaisanteries grasses qu’un certain entre soi sachant autorise.. mais je crains qu’il n’y ait quelques relents beaucoup plus nauséabonds et perfides, une exhalaison d’extrémismes mortifères ambidextres qui va bien au-delà de la défense de l’excellence intellectuelle. 

Pour ceux qui sont parvenus jusque là, qu’ils ne s’inquiètent pas. Je viens seulement d’avoir un mauvais rêve : je m’endors en scrolling… et je me suis réveillé sur cette charmante caricature de Berlioz dirigeant sa symphonie que je remets en illustration. 

Un concert en 1846 en sous-titre, rien de bien nouveau et pas de quoi bousculer les esprits.

Alain Hoareau

Photo BNF

Chroniques

Le point de rencontre…

Un livre pour moi, c’est un corps qui a survécu. Une écriture rescapée.

Le livre devient comme une peau avec ses failles, ses points d’effondrement, ses cicatrices syntaxiques, ses joies, ses éclats de rire et ses épiphanies. 

Même dans les livres joyeux, drôles, légers, il y a ce qui a tenu, ce qui reste. 

Ce ne sont pas seulement les romans mélancoliques ou tragiques qui portent la mémoire.

Je lis ce que la phrase a enduré, ce qu’elle ne dit qu’en oblique.

Et je suis la ligne de cette phrase comme on suit une cicatrice, pour savoir jusqu’où elle remonte, ce qu’elle a recouvert, ce qu’elle tente encore de protéger.

Vais-je trouver la scène capitale du récit ?

Parfois je relis plusieurs fois le même passage avec l’intuition que je suis sur la scène du « crime ».

Soudain, une légère vibration dans les mots. 

C’est là qu’un monde s’est rompu. 

C’est là qu’il s’est reformé autrement.

Quelqu’un « cogne » ici. Comme pour m’alerter…

Et c’est à cet endroit précis, que naît la rencontre avec l’auteur, ses personnages, son écriture… et la lectrice que je suis.

Jeanne Orient

18/11/2025