51 secondes pour vous donner rendez-vous le 15 mai avec les Editions unicité qui, après *Cendrillon, c’est moi !*, feront paraître *La vague au doigt* en images et en mots….
*La vague au doigt*

Conseil en communication Culturelle et Stratégique / Chroniqueuse littéraire / Titulaire des produits et dérivés de Jeanne Orient©

51 secondes pour vous donner rendez-vous le 15 mai avec les Editions unicité qui, après *Cendrillon, c’est moi !*, feront paraître *La vague au doigt* en images et en mots….

*𝐓𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐌𝐚𝐫𝐨𝐜* 𝐨𝐮 𝐥’𝐚𝐫𝐭 𝐟𝐫𝐚𝐠𝐢𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐨𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧
« Il ne faut jamais revenir sur les lieux de son enfance, de crainte d’en brouiller le souvenir »
Dans *Tendre Maroc*, Emmanuelle De Boysson n’écrit pas un roman de souvenirs : elle fouille une absence. Au centre du livre se tient une silhouette énigmatique : Blanche, la mère.
Autour d’elle gravite l’enfance marocaine. Mohammedia. Les jardins où courent les enfants. Les mouettes au-dessus du port. Les orangers lourds de soleil. Et sur le bout de la langue, la douceur poudreuse des cornes de gazelle.
Tout semble lumineux.
Mais les enfances heureuses sont parfois des paysages trompeurs. Sous la lumière, il y a des failles.
Blanche est de ces mères vastes, tournées vers les autres, vers la détresse du monde. Les pauvres, les blessés, les invisibles. Sa compassion déborde. Mais la petite Emma, elle, reste souvent à la lisière. L’amour circule ailleurs. L’enfant attend. Cherche un regard. Une place.
Alors elle se tait.
Et ce silence devient la matière même du livre. Le lien à la mère ne peut se dire qu’en creux, manque, perte, distance.
Écrire naît là.
Comme une tentative de réparer ce qui ne l’a jamais été. Comme un greffon posé sur une blessure ancienne. Emma grandit, écrit, s’éloigne. Mais certaines histoires ne lâchent pas prise. Elles restent dans le corps.
Il faudra un infarctus, le cœur qui cède, pour que tout revienne brutalement à la surface.
Alors elle retourne dans la maison maternelle. Et trouve les carnets de Blanche.
Soudain une brèche s’ouvre. Une autre langue apparaît. La mère existe autrement. Non plus comme une énigme close, mais comme une voix.
Quelque chose respire à nouveau.
Dans ce livre très nu, Emmanuelle de Boysson tente ce geste presque impossible : retisser le fil rompu des filiations. Recoudre le tissu troué de l’enfance. Se tenir enfin debout dans sa propre histoire.
Mais la littérature ne sauve jamais complètement.
On croit se remettre de son enfance. On n’en guérit pas. Elle revient toujours par vagues lentes, par éclats imprévus.
C’est pourquoi *Tendre Maroc* touche juste. Parce qu’il ne prétend rien réparer. Il marche sur une ligne fragile : celle des retrouvailles qui savent qu’elles arrivent trop tard.
Une écriture du seuil. Sur le seuil.
À la fin, une seule certitude demeure :
Blanche retrouvée
Et quelque part dans un jardin de Mohammedia, une petite fille cesse peut-être enfin d’attendre.
*Tendre Maroc* est peut-être le livre le plus autobiographique d’Emmanuelle de Boysson. Le plus nostalgique. Le plus « bavard », le plus sensuel … et le plus confident.
Ne vous fier pas aux couleurs de la page de couverture…
*Tendre Maroc*, plus qu’un roman est une tentative de consolation…
Est-elle réussie ?
Le livre en tout cas l’est. Hautement !
Emmanuelle de Boysson, *Tendre Maroc*, Calmann-Lévy – Maquette Olo –
Tableau couleurs de Marrakech ©Nolwenn Denis

Survivre à l’extase…
«[…] Le ravissement est à son comble, quelles qu’aient été les douleurs lors de l’accouchement, l’instant de la découverte est magique. On ignore les premiers temps la fatigue, quand bien même elle insiste […] On s’autorise l’abandon.
Qu’elle soit Vierge, Sagittaire, Scorpion, Balance ou Taureau, la petite fille est accueillie sous le signe de l’extase …Un instant presque animal : le premier regard, la chaleur du corps posé contre le ventre, l’impression vertigineuse que l’amour vient de trouver son absolu. Puis la vie s’en mêle »
Dans *Entre mère et fille, Une histoire d’amour et de transmission* (Eyrolles 2026), Virginie Megglé nous parle de ce lien singulier, peut-être le plus chargé d’attentes de toutes les relations humaines : la relation mère et fille.
Entre mère et fille, l’amour n’est jamais simple : il porte l’héritage, la mémoire des femmes, les blessures muettes des générations.
La mère voudrait réparer.
« Nous voudrions que notre fille ne souffre pas de “nos souffrances”, de souffrances semblables à celles que nous avons connues… qu’elle ait une mère (encore) meilleure que la nôtre… »
La maternité devient alors une promesse de correction du passé.
« Le désir de bien faire chez une mère se confond avec celui de faire mieux… Mieux que d’autres… Mieux que maman… »
Mais ce « mieux » est un piège. Car derrière lui se cachent les ombres familiales : les maladresses héritées, les absences anciennes, les attentes impossibles.
Et aucune mère ne peut tenir la promesse originelle d’être une mère parfaite.
Et la phrase célèbre de Romain Gary, dans La Promesse de l’aube, traverse le livre comme une lumière mélancolique :
« Avec l’amour maternel, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »
Tout est là : la douceur matricielle et la nostalgie. Le souvenir d’un absolu que la réalité fissure peu à peu…
Cet ouvrage est comme un grand opéra familial. Avec cris, chœurs, coulisses, silence, abandon et retrouvailles.
Tout au long du livre, il me semblait voir la main de Virginie Megglé posée sur l’épaule de ses lectrices et lecteurs. Comme pour leur dire :
– Nous tenterons ensemble d’aller mieux. En faisant de notre mieux.
On referme *Entre mère et fille* avec cette idée presque vertigineuse : le lien le plus puissant de notre vie commence par une extase… qui se ternit…
Il faudra perdre l’illusion de la mère parfaite pour découvrir enfin la femme qu’elle était.
Et comprendre, qu’elle faisait de son mieux.
Virginie Megglé, *Entre mère et fille – Une histoire d’amour et de transmission* (Eyrolles)
•• Hors cas pathologique précice V. Megglé

La douceur du temps incite parfois à prendre celui de la découverte. Le regard, sans rien chercher de particulier, prend de la hauteur et même sur une place, mainte fois traversée, il guette discrètement l’inattendu.
En grand sur la façade de la mairie du sixième arrondissement de Paris, le nom de Germaine Lacaze.
Lacaze, le patronyme de ma mère. C’est ainsi que prit forme l’inattendu.
Germaine Lacaze peintre ( 1908-1994 ). Aucun lien de parenté bien sûr. Mais sa vision de Paris. Ce qui m’apparaîtra par la suite comme la couleur déposée de son regard. Une exposition jusqu’au 7 mars.
En suivant l’ordre chronologique de ces « fenêtres » parisiennes on se rend compte aisément de l’évolution et de sa recherche picturale. Une peinture figurative qui n’a rien de passéiste, une transcription du quotidien et du détail dans une explosion de couleurs, comme si la couleur devenait petit à petit une matière prenant possession de la forme.
Il y a de l’épaisseur, de l’intensité dans la touche, une force vive qui paradoxalement vient rendre compte de la délicatesse, de la légèreté voire même de la fragilité d’un instant. Touches lumineuses juxtaposées, le liant, lui, est celui de la vie elle-même exposée.
J’imagine une musique correspondante et sans faire plus de recherche celle d’Un américain à Paris de George Gershwin me revient en mémoire. Peut-être par ce que cette musique est elle aussi pleine des bruits de la vie qui s’entrechoquent sans jamais devenir un chaos. Une sorte de jubilation existentielle. Peut-être aussi pour la correspondance avec l’état d’esprit du flâneur prêt à se saisir de l’inattendu.
Encore un détail, une anecdote, pleine de sens cependant. La signature bien lisible des tableaux au début comporte le nom et le prénom. Germaine Lacaze finira par ne plus écrire que son nom de famille. Il fallait cacher le fait qu’elle était femme pour gagner notoriété m’expliquent ses ayant droits.
Et la question éternellement se repose : faut-il donc toujours justifier de qui l’on est et d’où l’on vient pour pouvoir prétendre à la reconnaissance d’une existence ?
Mais je tenais à partager le plaisir de cette très belle découverte. Si vous passez vers la place Saint Sulpice, surtout n’hésitez pas à franchir le seuil de la mairie pour monter dans la salle du Vieux Colombier.
Une prochaine exposition à signaler : du 10 au 26 avril à Nogent sur Marne cette fois-ci.

La mémoire, la transmission sont ses terribles terrains de « Je ».
Elle a appris que transmettre, c’est danser avec les ombres.
Cette fois, sous l’œil noir de Kâli la noire, Sarah Oling tisse destin et mémoire.
*La Naja d’émeraude*, son dernier ouvrage, (Sterenn Éditions) mêle passions interdites et ombres de guerre.
Roman incandescent, sublimé par l’art vivant de son duo avec Oliver Martin Sax.
Le saxo porte la voix de Sarah et la voix de Sarah se pose sur la musique, le souffle d’Oliver Martin Sax.
Une Escale de Jeanne entre Pondichery et Paris…
Un long chemin, mais :
« Le voyageur doit frapper à toutes les portes avant d’arriver à la sienne » dit Tagore
Merci infiniment à la brasserie Les Ondes pour son formidable accueil

On ouvre le roman de Christophe Langlois, *Je commence toujours par le ciel – Une vie d’Alfred Sisley* (Editions Des Instants) en pensant lire une biographie. On le referme avec l’impression d’avoir traversé une méditation à ciel ouvert.
Christophe Langlois ne raconte pas Sisley : il le rejoint.
Hiver 1880, le peintre quitte Sèvres pour Moret-sur-Loing, fuyant les huissiers. Une charrette bringuebalante, son épouse, ses enfants, quelques toiles sauvées.
Là, au bord du Loing, il s’installe dans la pauvreté et le froid, mais face à la lumière.
Christophe Langlois écrit ces scènes avec retenue. Il sait ce que veut dire attendre l’invisible jusqu’au visible.
Cela dure un instant, parfois. Il faut le saisir vite, tenter de s’en souvenir longtemps.
Autour de Sisley, les autres veilleurs du jour, Monet, Renoir, Morisot et d’autres partagent la même urgence : peindre dehors, autant que possible.
L’impressionnisme n’est pas une école, mais une rupture , refuser les ateliers clos, les sujets figés, pour peindre la lumière, les saisons, la vie…
Alfred Sisley est « Le plus discret et le plus tendre des impressionnistes », disait Van Gogh.
Chez Sisley, pas de scènes mondaines, le ciel prend les deux tiers de la toile, l’eau reflète, déforme, recommence.
Il peint comme on se concentre, seul…
Christophe Langlois l’accompagne pas à pas, fidèle aux paysages et surtout à la lumière.
« Sisley, écrit-il, guette la meilleure lumière dès le lever du jour, pour ne rien rater. »
Ce guet est plus qu’un geste de peintre , c’est la tenue d’un homme face à son effacement. Alfred Sisley ne conquiert rien. Il demeure. Il tient.
Et Christophe Langlois nous interroge :
– à quoi consent-on pour rester fidèle à soi-même ?
Bien sûr, il y a aussi l’Histoire et des pans d’histoires qui traversent le livre. Il y a des noms qui passent…
Il y a des prénoms comme Eugénie, comme Pierre, comme Jeanne et tant d’autres. Chacun comme un garde fou.
On referme le livre ému, l’écriture de Christophe Langlois nous fait « voir » les les paysages, la lumière, le ciel, les reflets de l’eau. Tout le chemin.
Nous devenons à notre tour compagnons de route, éblouis de lumière « Et nous n’en finissons pas de rentrer chez nous »
Et cette phrase de Christophe Langlois, écrite dans un autre de ses livres, résonne en moi comme une splendide invitation :
« Mets ta main dans la mienne. L’arrivée sera magnifique. Mais d’abord, ferme les yeux. »
Le temps de faire confiance à la lumière, de la garder sous les paupières, avant de la rendre encore éblouis
Christophe Langlois, * Je commence toujours par le ciel – Une vie d’Alfred Sisley -*
Éditions des Instants (2026)

Elle s’appelle Magali Lemonnier (Magliani Deco).Elle est photographe depuis plus de quinze ans.
Ce qu’elle saisit n’est pas l’image d’un instant, mais son battement intérieur.
Elle capte les rires, les silences, les gestes involontaire, les regards…
De tous les champs qu’offre la photographie, c’est celui de la photo de mariage que je retiens aujourd’hui.

Un paradoxe qui me fascine : confier à quelqu’un la mission d’immortaliser ce qui par nature se décolore un peu avec le temps, le bonheur.
Fixer le bonheur avant qu’il ne se sauve et tout ce qu’il faut pour…

Déjà la lumière. Magali Lemonnier parle la langue de la lumière. Elle en connaît les humeurs, la fragilité, la grâce passagère.
Elle arrive toujours avant les autres, quand la salle est vide, que les fleurs cherchent encore leur place, que le jour hésite.

Elle observe la course du soleil comme on observe un visage aimé.
Et s’il fait gris, elle invente un soleil.
Et lorsqu’elle murmure « seize heures quarante », nous comprenons qu’elle parle de ce moment si rare où la lumière soudain, pardonne et nimbe favorablement.

Le soir, dans son studio, elle développe ses prises lentement.
– Il faut être calme dit-elle.
– Le bonheur se développe dans le silence.
Le papier de la photo, elle le décrit comme une peau : fragile, poreuse, prête à s’effacer.

Elle sait qu’au moment même où elle fige les mariés, ils commencent déjà à changer.
Cette joie devient archive et ce qu’elle capture, ce n’est pas l’éternité, mais la preuve qu’elle a existé.

Et puis, il y a les destins d’une image
Une photographie, dit-elle, ne vit pas une seule vie.
Dans un couple séparé, elle demeure en témoin discret.
Dans d’autres foyers, elle ranime une jeunesse enfuie, un éclat d’autrefois.

Et puis, arrive le temps des héritiers . Un enfant, un petit-enfant tombe sur la photo de mariage.
Les visages lui échappent, mais la quelque chose le touche profondément. Peut-être cette clarté dorée de ce jour-là. Celle de seize heures quarante.

Le papier jaunit courbe, mais l’émotion résiste.
Magali Lemonnier ne croit pas qu’elle capture quelque chose.
– Je dis au revoir avant tout le monde, confie-t-elle en souriant.
Son rôle n’est pas de retenir, mais de « fixer ».
La photo ne sauve pas la joie, elle la rend partageable, longtemps après sa disparition.
Chaque mariage lui rappelle la même vérité : le bonheur ne garde jamais la même intensité. Et puis c’est ainsi, qu’importe. Mais la trace capturée est là.
Et elle continue avec toujours la même ferveur à fixer le bonheur avant qu’il ne se sauve.
Et quand on lui demande pourquoi, après tant d’années, elle persiste à chercher ce moment-là, elle répond, sans hésiter :
– Parce que la lumière de seize heures quarante de cet instant ne reviendra pas. Du moins jamais la même.
Mais tant qu’on regarde la photo, elle brûle encore…

. 𝑀𝑎𝑔𝑎𝑙𝑖 𝐿𝑒𝑚𝑜𝑛𝑛𝑖𝑒𝑟, 𝑀𝑜𝑛𝑣𝑖𝑙𝑙𝑒, 𝑢𝑛𝑖𝑞𝑢𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑠𝑢𝑟 𝑟𝑑𝑣 – 0634538279
. 𝑃ℎ𝑜𝑡𝑜𝑠 ©𝑀𝑎𝑔𝑎𝑙𝑖 𝐿𝑒𝑚𝑜𝑛𝑛𝑖𝑒𝑟.
𝐿𝑒𝑠 𝑝𝑒𝑟𝑠𝑜𝑛𝑛𝑒𝑠 𝑟𝑒𝑝𝑟é𝑠𝑒𝑛𝑡é𝑒𝑠 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑝ℎ𝑜𝑡𝑜𝑔𝑟𝑎𝑝ℎ𝑖𝑒𝑠 𝑖𝑙𝑙𝑢𝑠𝑡𝑟𝑎𝑛𝑡 𝑙𝑎 𝑝𝑟é𝑠𝑒𝑛𝑡𝑒 𝑐ℎ𝑟𝑜𝑛𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑒 𝐽𝑒𝑎𝑛𝑛𝑒 𝑂𝑟𝑖𝑒𝑛𝑡© 𝑜𝑛𝑡 𝑑𝑜𝑛𝑛é 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑒𝑛𝑡𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 à 𝑙𝑎 𝑝ℎ𝑜𝑡𝑜𝑔𝑟𝑎𝑝ℎ𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙’𝑢𝑡𝑖𝑙𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 et diffusion 𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑖𝑚𝑎𝑔𝑒.

«Tu ne peux imaginer, Redo, ce que fut Kunesdorf. Ce jour funeste, notre armée a perdu dix-huit mille combattants sur le champ de bataille à cause de l’ineptie de cet Enorme Roi…
Parmi les victimes d’un conflit armé, il n’y a pas seulement celles qu’on a enterrées, la guerre s’enracine sans faire de bruit dans l’existence des survivants, en la castrant, en la remplissant de peur ou de misère, en bornant leur avenir commun »
*Mitteleuropa Les carnets secrets de Redo* est un roman sur les guerres qui ont déchiré l’Europe centrale, mais aussi sur l’amour, l’amitié, l’enracinement Au début du XIXe siècle, Redo vient prendre possession de ses terres en Prusse, sur la rive de l’Oder. Il vient de Vienne en Autriche. Il a eu une vie assez rocambolesque. L’héritage de cette terre l’est aussi.
En voulant y enterrer sa femme décédée, il découvre dans son champ les cadavres congelés de soldats enterrés…
Avec Odra, ils avaient mis au point un narratif d’identité et d’un passé que rien ne pouvait laisser percer.
Mais Odra est morte… Redo va devoir se débrouiller avec tout ce qui lui arrive.
Et Vincente Luis Mora parvient à montrer aux lecteurs cet entre deux qui tisse tout le livre. L’entre deux du personnage qui doit s’inventer une autre identité, l’entre deux d’une monarchie absolutiste qui pourtant tend vers un peu d’ouverture et l’entre deux des guerres entre les vivants et ceux qui « déterrés » nous confrontent à la mort en face.
Et cette question qui traverse les temps et les siècles. Tellement d’actualité :
« Crois-tu qu’il y aura encore des guerres en Europe ?
Que répondre…
Vicente Luis Mora *Mitteleuropa – Les carnets secrets de Redo*
Editions Maurice Nadeau
Splendide traduction de l’espagnol par François-Michel Durazzo

« Pierre R. avait accepté de me rencontrer parce que mes lettres lui avaient plu, mais il ne s’attendait pas du tout à moi, je l’ai vu aussitôt dans ses yeux […] Puis Pierre R. revint au salon et me dit que nous devions maintenant sortir, qu’il allait me raccompagner au métro le plus proche.
Dans la lenteur, la stupeur qui ont suivi, une promesse a surgi : celle de revenir un jour vers lui, de faire en sorte qu’il ne puisse plus jamais me dire au revoir aussi facilement, avec une telle désinvolture, ni me laisser aussi seule.
J’ai passé dix ans à tenir tête à ces quelques minutes.
C’est ainsi que Génica est née. »
C’est également le roman d’Amina Danton, *La Tangente*, aux Éditions Gallimard.
Un roman bouleversant et troublant dans ce duo de soi où l’on se perd. On se réinvente aussi.
Génica deviendra monteuse de films. Elle jouera avec les images. L’image « est une patinoire » et puis, la vie glisse, s’invente, se perd aussi
Un très beau roman entre « La vie rêvée » qui est le titre du roman de Pierre R. et la vie réelle.
Et quelque part dans *La Tangente*, il y a ces mots :
« Entre vite, tu vas prendre froid »
Est-ce une rédemption ? Et dans le terrible du « duo de soi », à qui s’adressent ces mots ?
Amina Danton a également écrit un article dans L’atelier du roman :
*Nadja, ou la poésie trouvée dans la rue*
Cet article interroge la transformation d’une femme réelle en allégorie poétique.
– lien : https://drive.google.com/…/1D2X83IRyashAzgdgmpM…/view…
Amina Danton, *La Tangente*, Gallimard (Collection Blanche)

*Consobrinae*, des cordes d’essence et de liens
Elle est violoncelliste, lui est théorbiste. Elle s’appelle Hermine Horiot et lui Giovanni Bellini. Elle est française et joue de la musique italienne, lui est italien et joue de la musique française et c’est bien la même partition qu’ils jouent à la scène comme à la ville.
Dimanche 15 février, ils sont venus présenter leur tout dernier enregistrement en duo, *Consobrinae* dans la très belle salle « Le regard du cygne » à Paris. Plancher en bois, mur de pierres, acoustique parfaite. Quelques mots d’explication, mais surtout un magnifique concert. Nous étions invités dans l’intimité d’une époque, seconde moitié du dix-septième siècle, spectateur de l’essor du violoncelle en tant qu’instrument soliste en Italie, et de l’âge d’or du théorbe en France.

J’ai tout d’abord été frappé par l’équilibre sonore des deux instruments. Pas de système d’amplification bien sûr, juste la maîtrise des deux musiciens, juste la parfaite adaptation de l’un avec l’autre. Même dans les passages les plus intenses du violoncelle, à aucun moment la clarté polyphonique du théorbe ne s’est trouvée diminuée, écrasée ou étouffée. Et la fragilité supposée de l’instrument à cordes pincées n’a jamais donné l’impression de brider la puissance du violoncelle.
Il y a également cette respiration commune, si précise, si exacte, qu’elle semble devenir une et une seule et à ce moment là je me dis que nous sommes au-delà du simple équilibre. À percevoir ainsi l’intimité d’un mode de jeu, je n’ai pu m’empêcher, en tant que guitariste, de me souvenir du duo de légende Presti-Lagoya. On pourra aussi penser, à propos de cet au-delà de la complicité à Jacqueline du Pré et Daniel Barenboim dans le concerto d’Elgar par exemple.
Voilà deux musiciens qui jouent par coeur. Sans partition donc. Mais le sens de cette expression ne se réduit pas ici à cet aspect « technique ». C’est un jeu de regards croisés, c’est une gestuelle libérée. Avec un violoncelle sans pique, bien serré entre les jambes, Hermine Horiot semble danser la musique tandis qu’avec la solidité posée de Giovanni Bellini, lui semble le danseur qui « porte » pendant le continuo. Ici jouer par coeur signifie vraiment jouer avec le coeur.
Le théorbe est aussi soliste avec des oeuvres de Robert de Visé par exemple, fameux musicien et compositeur à la cour de Louis XIV ( dont il fut le professeur de guitare, pour l’anecdote). Un jeu précis, orné judicieusement, à la polyphonie intime et sonore. Une rivière semble couler dans l’enchaînement des variations d’une chaconne par exemple et sans aucune austérité les répétitions ne sont jamais uniquement des répétitions.

Les deux musiciens n’ont cessé tout au long du concert de tisser des liens. Liens entre les cultures, entre les notes, entre les mots et les gestes, liens entre eux, si précieux, mais aussi liens avec le public venu les écouter et qui est reparti avec des morceaux de toiles sonores et d’étoiles vivantes.
C’est tout cela et plus encore que Hermine Horiot et Giovanni Bellini vous proposent au travers de leur enregistrement *Consobrinae* et que je ne peux que vous recommander.
