𝐋𝐞 𝐩𝐚𝐲𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐞́𝐭𝐞́𝐬…
« 𝐶𝑒 𝑝𝑎𝑦𝑠 𝑒́𝑡𝑎𝑖𝑡 𝑐𝑒𝑙𝑢𝑖 𝑑𝑒 𝑚𝑜𝑛 𝑏𝑜𝑛ℎ𝑒𝑢𝑟. 𝐶𝑒 𝑠𝑒𝑛𝑡𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑠𝑒 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑎𝑖𝑡 𝑑’𝑒𝑥𝑝𝑙𝑖𝑐𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 ; 𝑐’𝑒́𝑡𝑎𝑖𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑖𝑛𝑡𝑢𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛, 𝑢𝑛 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑒𝑛𝑡𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡, 𝑒𝑡 𝑙𝑎 𝑠𝑢𝑟𝑣𝑖𝑣𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑠 ℎ𝑒𝑢𝑟𝑒𝑢𝑥 𝑑𝑒 𝑙’𝑒𝑛𝑓𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑎𝑛𝑑, 𝑎𝑙𝑙𝑜𝑛𝑔𝑒́ 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑎 𝑝𝑒𝑙𝑜𝑢𝑠𝑒 𝑔𝑟𝑎𝑠𝑠𝑒 𝑒𝑛𝑐𝑜𝑟𝑒 𝑡𝑟𝑒𝑚𝑝𝑒́𝑒 𝑑𝑒 𝑟𝑜𝑠𝑒́𝑒, 𝑗’𝑒́𝑐𝑜𝑢𝑡𝑎𝑖𝑠 𝑙𝑒 𝑏𝑟𝑢𝑖𝑠𝑠𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑢 𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑟𝑏𝑟𝑒𝑠. 𝑃𝑟𝑒̂𝑡 𝑎̀ 𝑝𝑙𝑒𝑢𝑟𝑒𝑟, 𝑗’𝑎𝑣𝑎𝑖𝑠 𝑑𝑒́𝑗𝑎 𝑙𝑒 𝑐œ𝑢𝑟 𝑠𝑒𝑟𝑟𝑒́ 𝑑𝑒𝑣𝑎𝑛𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑗𝑜𝑖𝑒 𝑠𝑖 𝑓𝑎𝑐𝑖𝑙𝑒. 𝐽’𝑎𝑝𝑝𝑟𝑖𝑠 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑡𝑎𝑟𝑑, 𝑒𝑛 𝑎𝑝𝑝𝑟𝑖𝑣𝑜𝑖𝑠𝑎𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑏𝑠𝑒𝑛𝑐𝑒, 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒𝑠 𝑙𝑖𝑒𝑢𝑥 𝑞𝑢𝑒 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑖𝑚𝑜𝑛𝑠 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑠𝑢𝑝𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒𝑟 𝑢𝑛 𝑔𝑟𝑎𝑛𝑑 𝑐ℎ𝑎𝑔𝑟𝑖𝑛. 𝐼𝑙𝑠 𝑟𝑒́𝑝𝑎𝑟𝑒𝑛𝑡, 𝑒𝑡 𝑙𝑎 𝑚𝑒𝑟 𝑜𝑢̀ 𝑞𝑢’𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑠𝑜𝑖𝑡 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑜𝑙𝑒. 𝐿𝑎 𝑚𝑒𝑟 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑜𝑙𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑠. »
Un pays, ici, ce n’est pas une géographie : c’est une saison. L’été, précisément, celui qui revient chaque année à la même adresse, avec les mêmes odeurs, jusqu’au jour où il ne revient plus au même endroit.
Voilà le sujet du nouveau livre de Pierre Adrian.
On « entre » dans le roman, par le corps avant d’entrer par l’histoire. Le sel, le granit, le sable resté dans les draps, la main de la grand-mère sur la rampe.
C’est une mémoire sensorielle, pas une intrigue.
La grand-mère « meurt une nuit, comme on meurt souvent après une longue vie, dans cette heure d’ombre où tout bascule sans bruit »
Et avec elle s’en va ce qui tenait la famille, la maison.
La maison doit être vendue.
Une maturité soudaine prend la place de l’insouciance. Une génération cède la place à la suivante, une maison change de main, la vie continue ailleurs.
Pierre Adrian raconte ce portail qui se referme.
Il raconte comment les souvenirs vont reconstruire « 𝐿e pays des étés » dans chacun.
C’est tendre, poétique, mélancolique comme dans toute bascule du temps…
Quand on comprend qu’il sera impossible de revenir sur les mêmes lieux.
Il faudra apprivoiser la perte.
Une phrase résume tout :
« 𝐽’𝑎𝑝𝑝𝑟𝑖𝑠 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑡𝑎𝑟𝑑, 𝑒𝑛 𝑎𝑝𝑝𝑟𝑖𝑣𝑜𝑖𝑠𝑎𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑏𝑠𝑒𝑛𝑐𝑒, 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒𝑠 𝑙𝑖𝑒𝑢𝑥 𝑞𝑢𝑒 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑖𝑚𝑜𝑛𝑠 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑠𝑢𝑝𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒𝑟 𝑢𝑛 𝑔𝑟𝑎𝑛𝑑 𝑐ℎ𝑎𝑔𝑟𝑖𝑛. 𝐼𝑙𝑠 𝑟𝑒́𝑝𝑎𝑟𝑒𝑛𝑡, 𝑒𝑡 𝑙𝑎 𝑚𝑒𝑟 𝑜𝑢̀ 𝑞𝑢’𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑠𝑜𝑖𝑡 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑜𝑙𝑒. 𝐿𝑎 𝑚𝑒𝑟 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑜𝑙𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑠. »
Écrire, n’est pas seulement raconter une histoire.
C’est déloger de soi ce quelque chose de silencieux, qui deviendra une phrase, des mots, un pays, une saison.
Et Pierre Adrian le fait merveilleusement.
« 𝐼𝑙 𝑓𝑎𝑢𝑡 𝑢𝑛 𝑝𝑎𝑦𝑠, 𝑛𝑒 𝑠𝑒𝑟𝑎𝑖𝑡-𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑙𝑎𝑖𝑠𝑖𝑟 𝑑’𝑒𝑛 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑟. 𝑈𝑛 𝑝𝑎𝑦𝑠, 𝑐̧𝑎 𝑣𝑒𝑢𝑡 𝑑𝑖𝑟𝑒 𝑛𝑒 𝑝𝑎𝑠 𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑠𝑒𝑢𝑙 𝑒𝑡 𝑠𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑞𝑢𝑒 𝑐ℎ𝑒𝑧 𝑙𝑒𝑠 𝑔𝑒𝑛𝑠, 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑟𝑏𝑟𝑒𝑠, 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑎 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒, 𝑖𝑙 𝑦 𝑎 𝑞𝑢𝑒𝑙𝑞𝑢𝑒 𝑐ℎ𝑜𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑠, 𝑞𝑢𝑖, 𝑚𝑒̂𝑚𝑒 𝑞𝑢𝑎𝑛𝑑 𝑜𝑛 𝑛’𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑙𝑎̀, 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑡𝑡𝑒𝑛𝑑 𝑝𝑎𝑡𝑖𝑒𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡. »**
Et l’envie de vous demander et vous, quel est ou pas « Le pays des étés » ?
Le vôtre …
*Pierre Adrian, 𝐿𝑒 𝑝𝑎𝑦𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑒́𝑡𝑒́𝑠, Gallimard, Collection Blanche
**Pavese, 𝐿𝑎 𝑙𝑢𝑛𝑒 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑓𝑒𝑢𝑥…(en exergue dans le livre)
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