*Consobrinae*, des cordes d’essence et de liens
Elle est violoncelliste, lui est théorbiste. Elle s’appelle Hermine Horiot et lui Giovanni Bellini. Elle est française et joue de la musique italienne, lui est italien et joue de la musique française et c’est bien la même partition qu’ils jouent à la scène comme à la ville.
Dimanche 15 février, ils sont venus présenter leur tout dernier enregistrement en duo, *Consobrinae* dans la très belle salle « Le regard du cygne » à Paris. Plancher en bois, mur de pierres, acoustique parfaite. Quelques mots d’explication, mais surtout un magnifique concert. Nous étions invités dans l’intimité d’une époque, seconde moitié du dix-septième siècle, spectateur de l’essor du violoncelle en tant qu’instrument soliste en Italie, et de l’âge d’or du théorbe en France.

J’ai tout d’abord été frappé par l’équilibre sonore des deux instruments. Pas de système d’amplification bien sûr, juste la maîtrise des deux musiciens, juste la parfaite adaptation de l’un avec l’autre. Même dans les passages les plus intenses du violoncelle, à aucun moment la clarté polyphonique du théorbe ne s’est trouvée diminuée, écrasée ou étouffée. Et la fragilité supposée de l’instrument à cordes pincées n’a jamais donné l’impression de brider la puissance du violoncelle.
Il y a également cette respiration commune, si précise, si exacte, qu’elle semble devenir une et une seule et à ce moment là je me dis que nous sommes au-delà du simple équilibre. À percevoir ainsi l’intimité d’un mode de jeu, je n’ai pu m’empêcher, en tant que guitariste, de me souvenir du duo de légende Presti-Lagoya. On pourra aussi penser, à propos de cet au-delà de la complicité à Jacqueline du Pré et Daniel Barenboim dans le concerto d’Elgar par exemple.
Voilà deux musiciens qui jouent par coeur. Sans partition donc. Mais le sens de cette expression ne se réduit pas ici à cet aspect « technique ». C’est un jeu de regards croisés, c’est une gestuelle libérée. Avec un violoncelle sans pique, bien serré entre les jambes, Hermine Horiot semble danser la musique tandis qu’avec la solidité posée de Giovanni Bellini, lui semble le danseur qui « porte » pendant le continuo. Ici jouer par coeur signifie vraiment jouer avec le coeur.
Le théorbe est aussi soliste avec des oeuvres de Robert de Visé par exemple, fameux musicien et compositeur à la cour de Louis XIV ( dont il fut le professeur de guitare, pour l’anecdote). Un jeu précis, orné judicieusement, à la polyphonie intime et sonore. Une rivière semble couler dans l’enchaînement des variations d’une chaconne par exemple et sans aucune austérité les répétitions ne sont jamais uniquement des répétitions.

Les deux musiciens n’ont cessé tout au long du concert de tisser des liens. Liens entre les cultures, entre les notes, entre les mots et les gestes, liens entre eux, si précieux, mais aussi liens avec le public venu les écouter et qui est reparti avec des morceaux de toiles sonores et d’étoiles vivantes.
C’est tout cela et plus encore que Hermine Horiot et Giovanni Bellini vous proposent au travers de leur enregistrement *Consobrinae* et que je ne peux que vous recommander.












