C’est le galet merveilleux que Gérard Vincent va ramasser. Un galet que le torrent a roulé jusqu’à le rendre tenable dans une paume, alors qu’il brûle encore de l’intérieur.
𝗦𝗮𝗻𝘀 𝗱𝗲́𝗳𝗲𝗻𝘀𝗲 𝘀𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗮 𝗻𝘂𝗶𝘁, ce sont quarante-cinq ans de carnets, polis par la marche. Un homme brisé au printemps 1978, relevé, apaisé, qui prie avec le souffle et traverse la nuit, tenu par un fil d’or.
Ce fil d’or est sur la couverture : un nocturne de Whistler, noir et or.
L’or ne vainc pas le noir mais il lui tient tête, comme une flamme dans l’obscurité.
Gérard Vincent nous offre plus qu’un livre. Il offre une main tendue dans le noir, une présence qui questionne :
– qu’oserons-nous laisser sans défense, pour que la lumière entre ?
– Quel consentement pour garder nos paumes ouvertes ?
Et puis il y a peut-être ce mot pour plus nous convaincre encore.
« Mais je vais partir, c’est certain, prendre congé, m’éloigner; de tout ce qui mourra en moi me libérer ; l’échéance annoncée me laisse simplement le temps de ranger mes petites affaires et de me préparer.
« C’est le luxe inoui qu’offrent les maladies mortelles, si l’on y songe, lorsque toute une société travaille a contrario à déréaliser la mort; et lorsque celle-ci survient, tout le monde est pris de court.
C’est le temps qui meurt avec mon corps, le temps qui se mesure, et ce temps s’achève. J’entrerai bientôt dans le présent sans rivage. Mais d’ici là, il faut l’annoncer à Renata… »
Éditions Albin Michel *En quête du miracle*, récit de quatre années d’offensives contre une maladie sans remède ».
Il raconte également son voyage au
Liban, il raconte son espoir de miracle chez Saint Charbel.
Il dit aussi tout ce que cette maladie confisque.
Une rencontre bouleversante, ponctuée de rires, de regrets (un peu) et de ce « pont » entre les deux royaumes…
« On est dans ce qui s’en va. » (Michel
Munier)
Anne Ghisoli et son équipe à la Librairie Gallimard Paris accueilleront (merci, merci), un Fil de MémoireS de Jeanne avec Jean-Philippe de Tonnac le mardi 1er décembre 2026. Il y aura dédicace égale
À Muzot, Rilke est mort depuis bientôt cent ans. Dans le silence du château, quelqu’un frappe : c’est Paula, morte bien avant lui, mal morte, retenue entre les vivants et les morts. Elle devient la maîtresse de cérémonie d’un pèlerinage vers la rose, où se croisent tous ceux qui ont aimé le poète, chacun racontant sa part de Rilke. De ce cortège, Jean-Philippe de Tonnac a fait un livre, *Pélerinage vers la rose*, poésie de l’initiation, de la vie à la vie.
« Écrire, c’est prolonger une présence : la main trace encore ses lignes quand l’encre et le papier se sont retirés »**
Le savoir n’empêchera pas la vague de nostalgie qui étreint parfois.
Jean-Philippe de Tonnac raconte dans cette Escale, Rilke, le pèlerinage, les noms et les conversations qui fusent.
Il raconte aussi les deux Royaumes.
Et « nous avons fait bivouac dans un temps emprunté »
« D’Inde au Ladakh, de l’écrasante chaleur du Zanskar au monastère si haut perché de Kotzang, d’une Chypre divisée au Pendjab mystique et révolté, de Montréal à Séoul, Serge Safran nous offre dans cette œuvre ses carnets de voyages extraits de son journal intime. Car tous ces voyages ont un point commun : l’évasion de l’être et de sa condition, la découverte du mode de vie d’un pays, de son peuple. Leçons de vie, d’humilité, de méditation… »
« Les fées ont été inventées pour répondre au saccage. Sur les champs de mines, il faut une consolation immédiate, prière, souvenir, appel, sans quoi on meurt, non pas tout de suite ( puisqu’on a survécu ) mais après… »*
C’est une histoire différente ici de celle où l’on retrouve ces mots ci-dessus.
Mais dans « Vacarmes contenus » le recueil d’Emmanuelle Rabu, c’est peut-être la mémoire, la matière et le bruit des rails, qui sauvent du saccage. C’est peut-être le grand-père disparu et pourtant présent, qui est consolation immédiate. Et c’est peut-être aussi le contrôleur imaginaire qui pose la main sur son épaule.
Cinq mots, une gifle. C’est par là que Jane Sautière entre dans son livre et c’est par là qu’elle nous fait entrer, nous, dans le sien.
Elle ajoute aussi :
« Ceci est le récit de la présence d’exilés en Europe, dans une grande ville riche d’un pays riche, Paris. Il est possible que ce soit pire ailleurs. Je ne sais pas. Je parle à partir de mes propres observations au fil des jours, subjectives.
Il s’agit d’un relevé des traces que les réfugiés laissent de leur passage, de leur empreinte, de leur ombre.
C’est sans doute le seul pouvoir de la littérature et la barque qui les contient encore… »
Jane Sautière, * De la terre des pleurs un grand vent s’éleva*