𝐋𝐞 𝐩𝐚𝐲𝐬 𝐪𝐮’𝐨𝐧 𝐧’𝐨𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐧𝐨𝐦𝐦𝐞𝐫…
Il est des pays dont le nom demeure coincé dans la gorge.
Dans la note qui ouvre * 𝐸́𝑙𝑒́𝑔𝑖𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑢𝑛 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑓𝑎𝑏𝑢𝑙𝑒𝑢𝑥*, Alta Ifland révèle ce que ses livres avaient jusque-là contourné.
« De fait, aucun de mes quatre premiers livres ne mentionne mon pays d’origine ni la langue qu’on y parle. »
Et plus loin :
« la Roumanie était pour moi un pays impossible à nommer »
Née sous la dictature de Nicolae Ceaușescu, elle a quitté son pays comme on s’arrache à une maison en flammes, emportant une mémoire que la littérature seule pouvait encore habiter.
Écrit en anglais entre 2006 et 2008, le livre n’a pas été traduit en français. Il a été, dit l’auteure, « recréé » en 2026.
Non pour passer d’une langue à une autre, mais pour retrouver une voix.
*𝐸́𝑙𝑒́𝑔𝑖𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑢𝑛 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑓𝑎𝑏𝑢𝑙𝑒𝑢𝑥*, s’organise en deux mouvements.
– « Là-bas » rouvre le territoire de l’enfance communiste. Les cimetières deviennent des terrains de jeux, les adultes des créatures mystérieuses, les tantes aveugles et les voisins extravagants peuplent un monde où l’Histoire façonne déjà les enfants.
– Puis « Çà et là ». C’est le temps de la dispersion.
Les exilés vivent avec ce bagage singulier, un pays qui les accompagne au moment même où ils tentent de s’en éloigner.
L’exergue empruntée à Dubravka Ugrešić éclaire le livre. Son œuvre procède par « défamiliarisation ».
Alta Ifland déplace imperceptiblement les repères.
De très beaux passages où le corps se souvient.
Parfois mieux que la mémoire. Il a gardé empreintes.
L’auteure écrit contre l’oubli, sans pour autant embellir ce qu’elle a fui.
Et la beauté du livre tient dans ce paradoxe.
Alta Ifland signe une élégie d’une rare tenue, où la grâce n’efface jamais la douleur, mais lui offre enfin une langue.
Alta Ifland, *Élégie pour un monde fabuleux*
(L’Incertain)










