Chroniques

*Ç𝗮 𝗱é𝗽𝗲𝗻𝗱 𝗱𝗲𝘀 𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀*

*Ç𝗮 𝗱é𝗽𝗲𝗻𝗱 𝗱𝗲𝘀 𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀* de Guillaume Dreidemie ou la mémoire en miettes et la poésie en offrande

« 𝘔𝘰𝘯 𝘧𝘪𝘭𝘴 𝘮𝘦 𝘵𝘦𝘯𝘥 𝘶𝘯 𝘵𝘳𝘰𝘶𝘴𝘴𝘦𝘢𝘶 /

𝘛𝘶 𝘢𝘴 𝘱𝘦𝘳𝘥𝘶 𝘭𝘦𝘴 𝘤𝘭é𝘴 / 𝘫𝘦 𝘴𝘰𝘶𝘳𝘪𝘴 / 𝘫’𝘢𝘪 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘱𝘦𝘳𝘥𝘶… »

Guillaume Dreidemie, poète et philosophe, poursuit avec *Ç𝗮 𝗱é𝗽𝗲𝗻𝗱 𝗱𝗲𝘀 𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀* l’exploration d’une voix double, ou comme doublée, qui traverse ses deux derniers recueils. Son écriture se fait ici le lieu d’une mémoire qui vacille.

À chaque mot qui tombe, le poète oppose un autre mot, poétique, une image, un son, un paysage.

À chaque peur de perdre, de se perdre, il oppose une présence,  la migration des mots, la migration de l’oubli vers une autre partie du corps :

« 𝘫𝘦 𝘯𝘦 𝘴𝘢𝘪𝘴 𝘱𝘭𝘶𝘴 é𝘤𝘳𝘪𝘳𝘦 / 𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘮𝘦𝘴 𝘥𝘰𝘪𝘨𝘵𝘴 / 𝘴𝘦 𝘴𝘰𝘶𝘷𝘪𝘦𝘯𝘯𝘦𝘯𝘵 / 𝘥𝘦𝘴 𝘔𝘪𝘳𝘢𝘣𝘦𝘭𝘭𝘦𝘴 / 𝘦𝘵 𝘥𝘦𝘴 𝘳𝘪𝘥𝘦𝘴 𝘥𝘦 𝘮𝘢 𝘮è𝘳𝘦

𝘫𝘦 𝘨𝘢𝘳𝘥𝘦 /𝘭𝘦 𝘮𝘰𝘯𝘥𝘦 /𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘮𝘦𝘴 𝘱𝘢𝘶𝘮𝘦𝘴 »

Tout au long de ce premier acte, chaque mot tombe et la narratrice tombe avec lui. Un acte qui se joue entre oubli et fulgurance, entre encouragement et lucidité. 

L’écriture y devient rythme. Le vers est saccadé, il ploie, se relève. La phrase respire, puis rampe, comme l’oubli, comme la mémoire qui tente de ne pas trébucher dans le noir.

Puis vient une forme de détente, une lucidité extrême. Le corps ne suffit plus, en exil, en migration. Il faut sortir de soi, sortir de la scène, aller vers la mer, vers son immensité, vers tous les mots qu’elle a avalés, vers la mythologie, les traversées, les dieux que l’on convoque, que l’on invoque, et que l’on ne peut noyer.

La vague et le ressac prennent, puis ramènent.

Ici, il n’y a plus de perte, la dilution devient un choix. Rien n’empêche plus de se mouvoir à sa guise :

« 𝘫’𝘢𝘪 𝘤𝘩𝘰𝘪𝘴𝘪 𝘭𝘢 𝘭𝘢𝘮𝘦… »

Et là, le vers, la phrase, s’étirent. Le rythme épouse cette lucide sérénité. L’immensité rassure, l’eau lave de la peur.

Et soudain, un mot, comme un dernier regard vers la rive avant la lame de fond. 

C’est le nom d’une fleur, myosotis.

Cette petite fleur bleue porte depuis toujours, en français, un autre nom, 

«  𝘯𝘦 𝘮’𝘰𝘶𝘣𝘭𝘪𝘦𝘻 𝘱𝘢𝘴 ».

Et nous garderons myosotis, avec un sourire ému, un regard qui se voile un peu.

Guillaume Dreidemie n’en finit pas de parler avec l’autre. Il n’en finit pas, d’un recueil à l’autre, de chercher l’autre voix, d’en être le souffleur, de souffrir, de se guérir.

Est-ce la poésie qui vient au secours des mots perdus ? Qui consolide la faille avant l’écroulement ?

Son écriture, pour contrer l’oubli, est peut-être aussi sa façon de se consoler de ce que nous ne saurons pas…

*Ç𝗮 𝗱é𝗽𝗲𝗻𝗱 𝗱𝗲𝘀 𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀* se lit à voix haute. C’est au son de sa propre voix, au rythme de sa propre caisse de résonance, que le recueil se lit, se vit. 

On peut y revenir plusieurs fois, car « Ç𝗮 𝗱é𝗽𝗲𝗻𝗱 𝗱𝗲𝘀 𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀 », n’est-ce pas ?

Dans cette « écriture », il ne s’agit pas de maladie. Le versant clinique n’intéresse pas. C’est le cœur de la perte, et les avancées de l’oubli, qui font office de boussole, jusqu’au bout. Tant que clignote le phare en haute mer. Il ne sauvera pas de la noyade, mais il est là, avec son balayage lumineux, pour contrer la peur, pour adoucir la perte de soi. Le phare, c’est le poète, c’est la poésie…

Mais c’est myosotis qui restera le mot de passe des retrouvailles, même impossibles.

Au fond, le code pin de ce recueil tient en huit lettres, celles d’une fleur bleue : myosotis et de son écho :

« 𝘯𝘦 𝘮’𝘰𝘶𝘣𝘭𝘪𝘦 𝘱𝘢𝘴… »

Guillaume Dreidemie, *Ça dépend des jours*, La rumeur libre Éditions

Chroniques

*L’or saisons*

“𝑇𝑢 𝑠𝑎𝑖𝑠, 𝑗’𝑎𝑖 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑔𝑎𝑟𝑑é / 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑑𝑜𝑖𝑡 ê𝑡𝑟𝑒 𝑡𝑢 / 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑛𝑒 𝑠𝑒𝑟𝑎 𝑝𝑎𝑠 / 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑛’𝑎 𝑝𝑎𝑠 𝑑𝑒 𝑠𝑒𝑛𝑠 / 𝑒𝑡 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑠’𝑒𝑠𝑡 𝑏𝑟𝑖𝑠é… 

𝐽’𝑎𝑖 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑏𝑜𝑢𝑞𝑢𝑒𝑡𝑠 𝑑𝑒 𝑛𝑜𝑠 é𝑡𝑜𝑖𝑙𝑒𝑠…”

On entre dans ce recueil comme on pousse la porte d’un cabinet de curiosités où tout, jusqu’au silence, serait précieux.

Dès les premières pages, le ton est donné. Ici pas de plainte, pas de gémissement, seulement une lumière qui ne cesse de se reprendre elle-même, de se froisser et de se déplier. 

Elle est pareille à un tissu moiré qu’on tournerait entre ses doigts pour en changer le reflet.

Colette Daviles-Estinès  écrit à la lisière des pays et des saisons, dans cet entre-deux où les mots deviennent matière : soie, or, pluie.

Elle raconte avec grande délicatesse, comme pour ne pas abîmer, ce qui reste quand tout a été traversé, les secrets qu’on tait, les bris qu’on ne répare pas, les constellations qu’on assemble malgré tout en bouquets.

Ici, rien ne s’effondre. Tout se transforme, se sublime, comme si la douleur elle-même finissait par prendre la teinte or qui donne son titre au livre.

Et le jardin intérieur bruisse de vent :

« 𝐿𝑒 𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑞𝑢𝑖 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑐ℎ𝑎𝑚𝑎𝑑𝑒 𝑎𝑢𝑥 𝑎𝑟𝑏𝑟𝑒𝑠 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑛𝑢𝑖𝑡𝑠 𝑣𝑜𝑙𝑢𝑏𝑖𝑙𝑒𝑠 ».

L’exil comme géographie du cœur plus que du corps. Et cette obstination discrète à faire, de chaque fragment perdu, un fragment d’or…

Les peintures vives de Philippe Croq ne viennent pas illustrer ce bijou, elles le prolongent, ajoutent une couche de lumière à une lumière déjà dense.

L’édition numérotée, presque confidentielle, semble vouloir protéger ce livre du grand vent…un peu comme on scelle un disque d’or pour qu’il ne s’effeuille pas.

Ce recueil se referme (ou plutôt ne se referme jamais tout à fait) sur ces mots qui résument, mieux que je ne saurais le faire, tout l’art de Colette Daviles-Estinès :

« 𝑇𝑜𝑢𝑡 𝑒𝑠𝑡 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑒𝑛𝑢 𝑙à 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑎 𝑙𝑢𝑚𝑖è𝑟𝑒 𝑓𝑟𝑜𝑖𝑠𝑠é𝑒. »

*L’or saisons *, Colette Daviles-Estinès

Peintures de Philippe Croq

Editions Tipaza

Interviews

L’escale de Jeanne avec François Rannou (2)

𝗥𝗲𝗻𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝗙𝗿𝗮𝗻ç𝗼𝗶𝘀 𝗥𝗮𝗻𝗻𝗼𝘂 – 𝟮ᵉ 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗶𝗲

Nous retrouvons François Rannou pour la suite de notre conversation autour de *Ce temps nôtre écru*, son recueil paru aux éditions La lettre volée. 

Après avoir exploré dans une première partie * Le Masque d’Anubis* et le désordre de soi avec l’inattendu d’un AVC, nous l’avons interrogé sur  *Le temps nôtre écru*.

C’est un autre ouvrage où il est question de ne pas accepter de « s’épaissir », de rester en éveil, de Kiev, de Saint François d’Assise, d’Ophelie, d’Orion et du temps bien  sûr.

Et puis une question sur la chanson.

Et *Capri, c’est fini*, d’Hervé Vilard, s’incruste soudain dans l’espace et le temps.

Et nous finissons cette interview, sur une note mélancolique et belle.  

Et une brève chorégraphie (sourire) qui porte photo de François Rannou et certainement de nous tous dans ce tournoiement 

Avec Michele Riesenmey 

*Ce temps nôtre écru*, Editions La lettre volée, est disponible en librairie

Escale à distance

Interviews

L’escale de Jeanne avec François Rannou

𝗨𝗻 𝗮𝗹𝗽𝗵𝗮𝗯𝗲𝘁 𝗔𝗕𝗖, 𝗽𝗲𝗿𝗰𝘂𝘁𝗲́ 𝗽𝗮𝗿 𝘂𝗻𝗲 𝗹𝗲𝘁𝘁𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗳𝗮𝗶𝘁 𝗹𝗲 𝗱𝗲́𝘀𝗼𝗿𝗱𝗿𝗲 𝗲𝘁 𝗰’𝗲𝘀𝘁 𝗔𝗩𝗖

Une IRM et ce soi lisible différemment.

Et soudain le Masque d’Anubis.

François Rannou, poète, traducteur et revuiste, revient sur le moment où la mort s’est faite proche et sur ce qu’on écrit quand on lui a échappé. 

Deux livres, deux temps : Le masque d’Anubis et *Le temps notre écru*, pour une escale à distance avec Jeanne qui tient autant de la confidence que de l’art poétique.

La première partie, (celle d’aujourd’hui) de l’interview portera sur *Le Masque d’Anubis*, publié en 2023 aux éditions Des Sources et des Livres.

Bouleversant, poétique, pudique et bouleversant encore…

Et nous devons à Michele Riesenmey les peintures qui sont dans le recueil. Elles portent « l’image » même du livre.

Escale à distance

Chroniques

*Pétrichor*

𝗣é𝘁𝗿𝗶𝗰𝗵𝗼𝗿 𝗼𝘂 𝗹𝗲 𝗻𝗼𝗺 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂…

Pétrichor s’ouvre sur une mort déjà advenue. La narratrice, Kathy, parle depuis l’autre côté et c’est elle qui nous guide à travers le deuil de ceux qu’elle a laissés. 

Dans cette maison familiale où sa mère, son père et son frère se retrouvent après la crémation, Laurent Georjin fait entendre trois voix intérieures qui se cherchent, se ratent, s’excusent trop tard. 

Roman de la transidentité et du silence qui coûte, Pétrichor est aussi et peut-être surtout, un livre sur ce que l’amour n’a pas su dire à temps, mais c’est un livre d’amour.

Pétrichor, comme une chambre d’échos, une écriture hypnotique et la grâce qui habite tout le livre.

Extrait :

« 𝘗é𝘵𝘳𝘪𝘤𝘩𝘰𝘳, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘭’𝘰𝘥𝘦𝘶𝘳 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘵𝘦𝘳𝘳𝘦 𝘤𝘳𝘪𝘣𝘭é𝘦 𝘱𝘢𝘳 𝘭𝘢 𝘱𝘭𝘶𝘪𝘦.

𝘗é𝘵𝘳𝘪𝘤𝘩𝘰𝘳, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘭𝘦 𝘯𝘰𝘮 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘯 𝘢𝘣𝘴𝘦𝘯𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘷𝘪𝘦𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘤𝘦𝘳… »

Laurent Georjin écrit à la feuille d’or et chaque phrase est déposée avec la patience d’un enlumineur.

Laurent Georjin, *Pétrichor*, Éditions du Canoë

Chroniques

*Traces paradoxales*

« 𝐖𝐚𝐭𝐢𝐧𝐞 » 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐧𝐨𝐭𝐞 𝐛𝐥𝐞𝐮𝐞…

À Châtillon, une ancienne chapelle est devenue sa maison.  Les murs ont gardé l’écho des prières d’hier et accueillent aujourd’hui le son rauque de la voix de Catherine Watine et les notes de son piano. 

Cette insomniaque choisit l’heure d’ombre pour écrire également…

Chaque note/chaque mot chez  Catherine Watine est une confidence.

Une note pour le fils perdu. Un mot pour la peur vaincue. Et tant d’autres 

notes/mots pour l’amour…quand l’amour reste et aussi quand l’amour s’en va.

Et Catherine Watine sculpte merveilleusement  sa vie dans l’étoffe des jours…

Et dans ce livre, *Traces paradoxales*, il y a l’écriture  la plus intime, la voix  la plus rauque, la note la plus juste de « la Watine »

Il y a également un peu beaucoup de la fameuse note bleue…. 

Catherine  Watine *Traces paradoxales*

Hello Editions

– 𝘋𝘪𝘴𝘱𝘰𝘯𝘪𝘣𝘭𝘦 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘱𝘭𝘶𝘴𝘪𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘭𝘪𝘣𝘳𝘢𝘪𝘳𝘪𝘦𝘴 𝘢̀ 𝘭𝘢 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘢𝘯𝘥𝘦 𝘦𝘵 𝘢̀ 𝘭𝘢 𝘍𝘯𝘢𝘤 𝘉𝘦𝘢𝘶𝘨𝘳𝘦𝘯𝘦𝘭𝘭𝘦, 𝘔𝘰𝘯𝘵𝘱𝘢𝘳𝘯𝘢𝘴𝘴𝘦 𝘦𝘵 𝘚𝘢𝘪𝘯𝘵 𝘓𝘢𝘻𝘢𝘳𝘦 

Rencontres Littéraires et Autres

Le podcast de Jeanne

𝑳𝒆 𝒑𝒐𝒅𝒄𝒂𝒔𝒕 𝒅𝒆 𝑱𝒆𝒂𝒏𝒏𝒆… 

« 𝑳𝒂 𝑽𝒐𝒊𝒙 𝒅𝒖 𝑻𝒆𝒙𝒕𝒆 », c’est un podcast  que j’ai voulu construire autour d’une conviction simple : un livre ne s’arrête pas à sa dernière page. 

Il continue à vivre dans ceux qui l’ont lu, analysé, aimé, conseillé, parfois contesté.

Une fois par mois, je recevrai un écrivain. Dans un studio avec captation vidéo. 

Nous serons plusieurs autour d’une table : 

– Invité, journaliste, critique, éditeur, libraire, lecteur et une personne qui connaît l’invité au-delà des livres.

Quelqu’un de sa famille ou de ses amis ou l’attaché de presse…

Deux heures. Sans filet. Ce sera drôle, grave, vivant et puis et puis…

Bienvenue dans le nouveau Podcast de Jeanne « 𝑳𝒂 𝑽𝒐𝒊𝒙 𝒅𝒖 𝑻𝒆𝒙𝒕𝒆 »

Et bien sûr, toujours la chance (merci merci)  des Fils de MémoireS chez Anne Ghisoli  et son équipe à la Librairie Gallimard.

Et les Escales de Jeanne et les Chroniques de Jeanne.

Chroniques

*La fugue de la reine*

*𝑳𝒂 𝑭𝒖𝒈𝒖𝒆 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝑹𝒆𝒊𝒏𝒆* 𝒐𝒖 𝒍𝒆 𝒅𝒂𝒎𝒊𝒆𝒓 𝒅𝒆 𝒏𝒐𝒔 𝒗𝒊𝒆𝒔…

Gisèle Gueller n’écrit pas pour raconter une histoire seulement. 

Elle écrit pour dire ce que tout le monde sait et que personne n’admet vraiment : 

On  passe sa vie dans une case, on  y reste par habitude ou par peur et on finit par appeler ça le destin. 

*La Fugue de la Reine* est un roman de théâtre et d’échecs, de reines et de pions, de gens ordinaires assis dans le noir qui regardent d’autres gens faire semblant de vivre. 

Mais sous la légèreté et même l’humour, quelque chose de plus grave circule. 

Une mélancolie douce, celle des vies qui ont tenu leurs promesses à d’autres qu’elles-mêmes. Celle de Chantal qui tricote des manteaux pour des chiens qu’elle ne peut pas garder. Celle de la reine qui s’échappe une nuit, boit du thé chez une inconnue et repart et tant d’autres vies.

On referme le livre avec l’impression étrange d’avoir été, le temps de quelques pages, public et acteurs d’un étrange scénario… 

Celui du destin et nous dedans

Gisèle Gueller, *La Fugue de la Reine*, 

Éditions Mon Limousin 

Chroniques

*Siméra en Crète*

*𝐒𝐢𝐦𝐞́𝐫𝐚 𝐞𝐧 𝐂𝐫𝐞̀𝐭𝐞* 𝐨𝐮 𝐥𝐞 𝐯𝐨𝐲𝐚𝐠𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐬𝐞𝐮𝐢𝐥 …

«Fuis l’horizon bruyant qui toujours te réclame / Pour écouter enfin ta vivante rumeur…» 

Jules Supervielle ouvre ce livre comme on ouvre une porte longtemps condamnée. 

Catherine Sourd l’a choisie en exergue et ce n’est pas un hasard. Elle aussi avait une porte bloquée.

«Il y a des années, je m’en rends compte maintenant, que l’écriture est en travers de ma porte. Je ne pouvais pas sortir…»

Ce voyage à cheval en Crète, elle l’a fait en 1982.  Et ce texte a attendu. 

Quarante-quatre ans avant d’être édité. Quarante-quatre ans entre le seuil et le passage. Comme si le livre lui-même devait mûrir à l’ombre, hors du temps, avant de consentir à exister.

115 pages. Pas une de trop. Une odyssée  ! Le mot s’impose, parce que le voyage a cette forme : partir pour revenir autrement. 

Partir pour se retrouver capable de rentrer.

La jument s’appelle Siméra. 

En grec, cela veut dire « aujourd’hui ». 

Catherine Sourd avait eu un chien, autrefois, elle l’avait appelé Jadis. Entre Jadis et Siméra, une vie s’est jouée. Une traversée du temps. On ne saura pas tout et c’est bien ainsi.

Siméra impose son rythme. Sa lenteur. Ses arrêts. C’est elle qui décide, en réalité, comme ces chiens guides qui savent, à l’insu presque de leur maître, où poser le pied. La jument ne sait pas qu’elle soigne. Elle est soignée aussi. Elles deviennent complices

Les paysages sont splendides et l’écriture poétique, nerveuse, charnelle. Un corps-à-corps avec la nature. 

La beauté  dans les arrêts, les haltes, les sources. L’eau comme oasis, le sable comme rêve, la nuit étoilée, la lune belle et ronde sur les collines blanches.

L’eau justement. Elle est métaphore et souterraine dans le texte.  

Et puis, il a les rêves. Ils  sont le cœur battant du livre, sa nuit intérieure, son désordre nécessaire :

«Parce que mes rêves cherchent à la traverser, parce qu’ils veulent rentrer en moi. Mais cette nuit c’est impossible, je les ai mis dehors. Et du seuil de ma peau je les vois. Ils grouillent. Je ne les reconnais plus […] Ils m’ont pris la parole. Ils ont mélangé toutes les lettres de mon alphabet et m’ont réduite au charabia […] 

Mes rêves tourbillonnent. Ils sont sortis en tempête de ma mémoire grande ouverte […] Mes rêves sont au bout de mes doigts comme au bout de ma langue […]

«  Ils se sont posés délicatement sur mon corps comme une multitude de papillons de nuit. Ils sont phosphorescents. Je suis baignée de lueurs frémissantes […] Maintenant à la source de mes rêves je m’abreuve. Et mes rêves me bordent et posent des baisers sur mon front. Oui, j’ai compris. Nous sommes inséparables…»

Ce passage est bouleversant. Il dit tout ! L’insomnie  créatrice, la langue perdue et retrouvée, l’écriture comme corps étranger et  qui finit par exister. Le sable des rêves comme le sable du chemin. 

On pense à Nicolas Bouvier et *L’Usage du monde*, le voyage qui use et qui refait. On pense au silence des routes lentes. Au fait qu’on ne guérit pas vraiment…on apprend à marcher avec ce qu’on porte.

À la fin du voyage, il faut vendre Siméra. Catherine Sourd veut la vendre au plus gentil, celui qui la laissera libre, sereine, qui ne la maltraitera pas. 

Siméra veut dire « Aujourd’hui ». Et aujourd’hui ne s’emporte pas… 

La couverture porte un centaure d’Odilon Redon,  mi-homme mi-bête, mi-terre mi-rêve, mi-hier mi-demain. Le livre est là, entre les deux. Il apporte de l’espace. Du lointain dans la proximité. Du visible dans la lenteur.

Catherine Sourd a déposé le livre.

Quelque  chose s’est déplacé en elle,  pas guéri complètement. Mais la porte s’est entrouverte. L’écriture peut sortir.

Et nous, lecteurs, nous restons là avec ce livre écrit en 1982, édité en 2026, qui porte en lui ce temps suspendu comme une bougie qu’on aurait oublié d’éteindre. 

«Fuis l’horizon bruyant qui toujours te réclame / Pour écouter enfin ta vivante rumeur / Que garde maintenant de ses arcs de verdeur / Le palmier qui s’incline aux sources de ton âme.»

Catherine Sourd, *Siméra en Crète – Un vagabondage à cheval*

Editions Des Instants (2026) 

Chroniques

*White Song*

𝐖𝐡𝐢𝐭𝐞 𝐒𝐨𝐧𝐠…

«J’𝘢𝘪𝘮𝘦𝘳𝘢𝘪𝘴 𝘵𝘦 𝘥𝘦́𝘷𝘰𝘪𝘭𝘦𝘳 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘮𝘰𝘯 𝘦̂𝘵𝘳𝘦  

𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘭𝘦 𝘥𝘦𝘴𝘵𝘪𝘯 𝘯𝘦 𝘭𝘦 𝘱𝘦𝘳𝘮𝘦𝘵 𝘱𝘢𝘴. »

Schubert. D’emblée. Avant le premier poème, Christine Guinard  place son recueil sous ce signe et tout est dit. Tout ce qu’on ne pourra pas dire. Tout ce qu’on voudrait dire et qu’on ne peut pas. Un recueil, une tentative…

𝐖𝐡𝐢𝐭𝐞 𝐒𝐨𝐧𝐠 le blanc écrit, tremblé, chanté.

Et Christine  Guinard nous rappelle que la poésie n’est pas là pour consoler. 

Elle est là pour que les mots tiennent compagnie aux choses qui résistent à être dites.

Un très beau recueil adressé à M…on ne saura pas plus…

Et puis les  photographies de France Dubois.

Et les mots de la dernière de couverture que nous devons à Françoise Spiess :

« 𝘊𝘩𝘢𝘯𝘴𝘰𝘯-𝘮𝘦́𝘮𝘰𝘪𝘳𝘦, 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘴𝘰𝘯-𝘴𝘰𝘶𝘷𝘦𝘯𝘪𝘳, 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘴𝘰𝘯-𝘮𝘦𝘳𝘤𝘪, 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘴𝘰𝘯 𝘥’𝘦𝘴𝘱𝘢𝘤𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘥𝘦 𝘵𝘦𝘮𝘱𝘴 𝘥𝘦́𝘱𝘢𝘴𝘴𝘦́𝘦𝘴 𝘢̀ 𝘫𝘢𝘮𝘢𝘪𝘴 »

𝐖𝐡𝐢𝐭𝐞 𝐒𝐨𝐧𝐠…

Lisez-le lentement, comme on écoute  Schubert…

Christine Guinard, 𝐖𝐡𝐢𝐭𝐞 𝐒𝐨𝐧𝐠, Editions unicité -François Mocaër-