*𝗩𝗼𝘂𝘀, 𝗠𝗮𝗱𝗮𝗺𝗲* 𝗼𝘂 𝗹’𝗲𝗳𝗳𝗿𝗮𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗳𝗮𝗶𝘁𝗲 𝗮̀ 𝗹’𝗲𝗻𝗳𝗮𝗻𝗰𝗲
𝗗𝗮𝗻𝘀 𝗩𝗼𝘂𝘀, 𝗠𝗮𝗱𝗮𝗺𝗲, Charlotte Milandri, fait entrer Jeanne par effraction dans la maison de son ancienne professeure de sport qui est morte.
Comme lors d’une perquisition sans mandat, elle ouvre les placards, fouille les tiroirs, inventorie les objets. Elle examine cette maison comme on relève des indices sur une scène de crime. Une tasse, des tee-shirts d’enfants, une pochette de treize photos de classe…
autant de traces qui viennent fissurer des années de silence.
Le livre n’instruit pas un procès. Il désigne. Le vouvoiement du titre est un face à face. Une manière de nommer enfin celle qui a détruit l’enfance d’une petite fille et cette phrase qui revient comme une écharde : « Une 𝘧𝘦𝘮𝘮𝘦, 𝘤̧𝘢 𝘯𝘦 𝘧𝘢𝘪𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘤̧𝘢. »
Il y a une justice vertigineuse dans cette effraction, dans ce geste de pénétrer l’intimité de cette femme qui a touché à l’intime de Jeanne enfant.
Et puis cette autre phrase, d’une force terrible : « 𝘑𝘦 𝘴𝘶𝘪𝘴 𝘷𝘪𝘷𝘢𝘯𝘵𝘦, 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘦̂𝘵𝘦𝘴 𝘮𝘰𝘳𝘵𝘦. »
En refermant le livre, je ne sais pourquoi, j’ai pensé à l’Antigone d’Henri Bauchau. Antigone revenue sur le lieu de sa première peur.
« 𝘑𝘰𝘶𝘦𝘳 𝘈𝘯𝘵𝘪𝘨𝘰𝘯𝘦, 𝘦́𝘤𝘳𝘪𝘷𝘢𝘪𝘵 𝘉𝘢𝘶𝘤𝘩𝘢𝘶, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘭𝘶𝘪 𝘱𝘦𝘳𝘮𝘦𝘵𝘵𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘳𝘦𝘷𝘦𝘯𝘪𝘳 𝘳𝘢𝘤𝘰𝘯𝘵𝘦𝘳 𝘴𝘰𝘯 𝘩𝘪𝘴𝘵𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘢̀ 𝘤𝘩𝘢𝘲𝘶𝘦 𝘧𝘰𝘪𝘴, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘭𝘢 𝘮𝘢𝘪𝘯𝘵𝘦𝘯𝘪𝘳 𝘷𝘪𝘷𝘢𝘯𝘵𝘦. 𝘓𝘦 𝘱𝘶𝘣𝘭𝘪𝘤 𝘭’𝘦𝘮𝘱𝘰𝘳𝘵𝘦 𝘦𝘵 𝘭𝘢 𝘳𝘢𝘤𝘰𝘯𝘵𝘦 𝘢̀ 𝘴𝘰𝘯 𝘵𝘰𝘶𝘳. »
Il faut lire Charlotte Milandri pour la même raison. Pour que chaque lecteur, à son tour, porte l’histoire de Jeanne et que les enfants sachent qu’une femme, elle aussi, peut faire ça.
Et qu’il faut parler ou écrire pour ne pas laisser le silence gagner.
𝗩𝗼𝘂𝘀, 𝗠𝗮𝗱𝗮𝗺𝗲 est écrit au scalpel et c’est pour cette économie absolue dans l’écriture, cette absence de complaisance, qu’il s’impose comme un vrai coup de cœur.
𝘊’est un « récit » qui ne demande pas qu’on le plaigne, mais qu’on l’entende…
Charlotte Milandri, *Vous, Madame*, Editions ARLEA, Collection La Rencontre.
Photo Dolorès Marat
Parution le 28 août 2026










