Cinq mots, une gifle. C’est par là que Jane Sautière entre dans son livre et c’est par là qu’elle nous fait entrer, nous, dans le sien.
Elle ajoute aussi :
« Ceci est le récit de la présence d’exilés en Europe, dans une grande ville riche d’un pays riche, Paris. Il est possible que ce soit pire ailleurs. Je ne sais pas. Je parle à partir de mes propres observations au fil des jours, subjectives.
Il s’agit d’un relevé des traces que les réfugiés laissent de leur passage, de leur empreinte, de leur ombre.
C’est sans doute le seul pouvoir de la littérature et la barque qui les contient encore… »
Jane Sautière, * De la terre des pleurs un grand vent s’éleva*
Une traversée sensible, vibrante, des Espagnes. Entre ferveur et ferias, entre peinture, mode et mystère du flamenco, entre vagues, poésie et guitare.
Christiane Rancé ouvre la rencontre avec 𝘘𝘶𝘦 𝘷𝘪𝘷𝘢 𝘌𝘴𝘱𝘢𝘯̃𝘢 ! 𝘜𝘯 𝘪𝘵𝘪𝘯𝘦́𝘳𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘢𝘮𝘰𝘶𝘳𝘦𝘶𝘹 (éditions Tallandier). Une écriture mystique, exaltée, portée autant par le rêve que par la lucidité, qui embrasse les Espagnes intimes, ardentes et contrastées, celles des passions, des croyances et de la fête.
Marie-Laure Ruiz-Maugis fait se répondre Goya et Yves Saint Laurent, avec 𝘎𝘰𝘺𝘢 𝘦𝘵 𝘠𝘷𝘦𝘴 𝘚𝘢𝘪𝘯𝘵 𝘓𝘢𝘶𝘳𝘦𝘯𝘵, 𝘓’𝘌𝘯𝘧𝘢𝘯𝘵 𝘣𝘭𝘦𝘶 𝘦𝘯 𝘱𝘢𝘳𝘵𝘢𝘨𝘦 (éditions Macenta). Historienne de l’art et flamenca elle-même, elle dira la danse flamenca, dans ce qu’elle a de plus profond, de plus libre, de plus mystérieux.
Alain Hoareau complète cette traversée avec 𝘓𝘢 𝘝𝘢𝘨𝘶𝘦 𝘢𝘶 𝘥𝘰𝘪𝘨𝘵 (éditions Unicité). Par la poésie, l’image et la musique, il dira l’éphémère et la perte. Il fera également entendre l’âme de la guitare espagnole : son histoire, ses vibrations, ses silences, sa ferveur.
Une rencontre à trois voix,
suivie d’une séance de dédicaces.
Il y aura captation.
Les livres de la dédicace, et nous-mêmes, serons sur place.
En arrivant, chacun qui aura chez lui déjà inscrit son nom sur un petit post-it, le déposera dans la coupelle prévue à l’entrée. Trois noms seront tirés au sort.
Chaque gagnant repartira avec les trois livres des auteurs invités.
Et les non-Parisiens ne seront pas oubliés pour cette première : une question, dont la réponse se trouvera dans la captation, donnera lieu elle aussi à un tirage au sort.
Informations à suivre.
𝗟’𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲́𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗹𝗶𝗯𝗿𝗲.
Nous vous attendons nombreux !
Le calendrier des Fils de MémoireS à suivre. Dont déjà :
Le 24 novembre 2026 (toujours chez Anne Ghisoli – Librairie Gallimard)
Anne Godard , *Nous aussi* (Actes Sud)
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Et le Fil de Mémoires reporté de juin dernier aura lieu le 19 janvier 2027 avec
Un pays, ici, ce n’est pas une géographie : c’est une saison. L’été, précisément, celui qui revient chaque année à la même adresse, avec les mêmes odeurs, jusqu’au jour où il ne revient plus au même endroit.
Voilà le sujet du nouveau livre de Pierre Adrian.
On « entre » dans le roman, par le corps avant d’entrer par l’histoire. Le sel, le granit, le sable resté dans les draps, la main de la grand-mère sur la rampe.
C’est une mémoire sensorielle, pas une intrigue.
La grand-mère « meurt une nuit, comme on meurt souvent après une longue vie, dans cette heure d’ombre où tout bascule sans bruit »
Et avec elle s’en va ce qui tenait la famille, la maison.
La maison doit être vendue.
Une maturité soudaine prend la place de l’insouciance. Une génération cède la place à la suivante, une maison change de main, la vie continue ailleurs.
Pierre Adrian raconte ce portail qui se referme.
Il raconte comment les souvenirs vont reconstruire « 𝐿e pays des étés » dans chacun.
C’est tendre, poétique, mélancolique comme dans toute bascule du temps…
Quand on comprend qu’il sera impossible de revenir sur les mêmes lieux.
*Nous aussi*, d’Anne Godard est un livre sans prénoms, sans noms.
Personne ne dit « je ».
Un « on » collectif absorbe une famille de la bourgeoisie parisienne, indifférenciée jusqu’à l’os. Un « on » consanguin jusqu’au drame.
Le sang appelle la métaphore qui traverse tout le livre :
« On coagule, on se resserre pour que la plaie cesse de saigner »
Mais le caillot ne tient plus. Ce que le livre raconte, ce n’est pas l’explosion d’un « nous », c’est l’échec d’une coagulation, d’une plaie qui reste ouverte et qui continue de saigner…
Parce-que personne, jamais, n’a posé la question qui aurait pu la nommer…
Mais les murs épais ont craqué et le mot est « sorti »…
Magnifique, splendide de tenue, de floutage, de retenue et de douleur…
Et cette photo de couverture qui aimante et qui dérange…
« Sofia, une Roumaine installée depuis vingt ans en Espagne, s’apprête à regagner son pays au moment de la retraite. Pendant quelques jours, elle accueille son fils dans le camping où elle vit et travaille, et où elle se heurte chaque jour à une langue qui la trahit ; lui rappelle sans cesse qu’elle n’est qu’une étrangère de passage… Un endroit à la fois provisoire et profondément enraciné dans sa vie.
Ce roman sur l’exil ordinaire explore la manière dont on peut s’installer en un lieu sans jamais véritablement y appartenir. Et comment, au moment du départ, tout devient soudainement, et contre toute attente, irremplaçable.
Lavinia Braniște raconte, avec une sobriété bouleversante, la vie d’une femme suspendue entre deux pays où elle n’a plus vraiment de place. Camping dresse le portrait discret mais percutant de milliers d’existences invisibles, prises entre espoir d’ascension et brutalité du réel. »**
Et puis deux mots qui restent et resteront. Le premier, c’est le verbe être en espagnol, que Sofia utilisera dans sa tête selon le présent ou l’éphémère.
Et l’autre, c’est Volver… Volver comme revenir, repartir, rentrer…
Comme la chanson…
* Camping* de Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar,
Un podcast court. Avec un invité surprise, un dîner sans filtre, zéro politique.
De l’intime et quelques questions qui permettent de raconter très brièvement, une légende qui court, une vie amoureuse, un cinéma, un rêve qui n’a pas été.
J’ai testé les questions sur deux amis qui connaissent bien Staline (enfin l’Histoire).
L’une dont c’est le métier a tiqué en disant c’est un peu nul et l’autre dont c’est vraiment le métier (enseigner) a trouvé que c’est une approche peut-être, pour aller un peu plus loin sur un sujet.
Toutes les deux par contre ont ri d’un dîner où je viens chapeautée et avec lunettes de soleil.
Agnès Clancier a vu, elle a même fouillé dans les « repentirs » de 𝗦𝘂𝘇𝗮𝗻𝗻𝗲 𝗩𝗮𝗹𝗮𝗱𝗼𝗻, 𝗹’𝗶𝗻𝘀𝗼𝘂𝗺𝗶𝘀𝗲
Elle a peut-être à son insu, tenté de faire le portrait que personne n’a jamais su faire de l’insoumise.
Les deux femmes, celle qui est dans le livre et celle qui écrit sont du même « pays ». Le Limousin.
Toutes les deux sont parties chacune vers son destin.
Toutes les deux ont poussé les murs, ont élevé un enfant seule. L’une fille mère et l’autre par mère par adoption. Une adoption sans « homme ».
Toutes les deux ont cassé les codes, ont décidé de leur liberté, toutes les deux sont insoumises.
Et ce livre est unique justement parce que jamais l’histoire de Suzanne Valadon n’a été racontée par une fille du « pays natal », par une autre insoumise…
Et bien sûr, vous rencontrerez Degas, Renoir, Picasso, Reverdy et aussi Erik Satie, l’amoureux fou mais qu’elle n’a jamais aimé.
Et quand elle le peignait, lui la dessinait sur du papier à musique…
À la base, elle voulait être acrobate. Elle est tombée. Elle s’appelait Marie-Clémentine.
Elle s’est relevée et elle est devenue Suzanne Valadon.
*𝘚𝘶𝘳 𝘭𝘢 𝘳𝘰𝘶𝘵𝘦 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘓𝘰𝘪𝘳𝘦* et la splendeur d’un livre qui désenclave
Déjà *𝘜𝘯 𝘴𝘰𝘪𝘳 𝘴𝘶𝘳 𝘭𝘢 𝘓𝘰𝘪𝘳𝘦* peint par Vallotton en couverture. Et puis, Anne la compagne de l’auteur qui est/fait le voyage et qui récite de mémoire du Balzac (Eugénie Grandet) face au vent.
Et lui, Emmanuel Ruben qui raconte ces quatre étés et onze jours de vélo à remonter La Loire.
Et nous apprenons des mots nouveaux, nous côtoyons l’Histoire d’hier et d’aujourd’hui. Nous rencontrons sur les chemins de halage des écrivains de tous les siècles.
Et la géographie par pans nous revient.
Et si je devais désigner un lecteur idéal pour ce livre, nous le serons tous, mais ce serait aussi des lycéens
Ceux qui vont bientôt affronter la vie pour de bon, ses fleuves à traverser, ses îles où faire escale, son horizon à trouver.
Quel formidable pari que de désenclaver une génération sommée de tenir son existence dans un rectangle de quelques centimètres, de vivre concentrée sur son propre nom, son propre visage, son propre fil d’actualité.
Ce livre oppose autre chose encore, un pays entier, une géographie qui déborde, un avenir à préserver et la Loire…
Il raconte qu’on peut apprendre la littérature en pédalant et en regardant, que Rabelais, julien Gracq et tant d’autres, se rencontrent aussi sur un chemin de halage.
*𝘚𝘶𝘳 𝘭𝘢 𝘳𝘰𝘶𝘵𝘦 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘓𝘰𝘪𝘳𝘦 * est une leçon de choses, au sens le plus ancien, la vraie, celle qui vient du dehors, du vent de face, et de l’histoire d’un fleuve