On ouvre le roman de Christophe Langlois, *Je commence toujours par le ciel – Une vie d’Alfred Sisley* (Editions Des Instants) en pensant lire une biographie. On le referme avec l’impression d’avoir traversé une méditation à ciel ouvert.
Christophe Langlois ne raconte pas Sisley : il le rejoint.
Hiver 1880, le peintre quitte Sèvres pour Moret-sur-Loing, fuyant les huissiers. Une charrette bringuebalante, son épouse, ses enfants, quelques toiles sauvées.
Là, au bord du Loing, il s’installe dans la pauvreté et le froid, mais face à la lumière.
Christophe Langlois écrit ces scènes avec retenue. Il sait ce que veut dire attendre l’invisible jusqu’au visible.
Cela dure un instant, parfois. Il faut le saisir vite, tenter de s’en souvenir longtemps.
Autour de Sisley, les autres veilleurs du jour, Monet, Renoir, Morisot et d’autres partagent la même urgence : peindre dehors, autant que possible.
L’impressionnisme n’est pas une école, mais une rupture , refuser les ateliers clos, les sujets figés, pour peindre la lumière, les saisons, la vie…
Alfred Sisley est « Le plus discret et le plus tendre des impressionnistes », disait Van Gogh.
Chez Sisley, pas de scènes mondaines, le ciel prend les deux tiers de la toile, l’eau reflète, déforme, recommence.
Il peint comme on se concentre, seul…
Christophe Langlois l’accompagne pas à pas, fidèle aux paysages et surtout à la lumière.
« Sisley, écrit-il, guette la meilleure lumière dès le lever du jour, pour ne rien rater. »
Ce guet est plus qu’un geste de peintre , c’est la tenue d’un homme face à son effacement. Alfred Sisley ne conquiert rien. Il demeure. Il tient.
Et Christophe Langlois nous interroge :
– à quoi consent-on pour rester fidèle à soi-même ?
Bien sûr, il y a aussi l’Histoire et des pans d’histoires qui traversent le livre. Il y a des noms qui passent…
Il y a des prénoms comme Eugénie, comme Pierre, comme Jeanne et tant d’autres. Chacun comme un garde fou.
On referme le livre ému, l’écriture de Christophe Langlois nous fait « voir » les les paysages, la lumière, le ciel, les reflets de l’eau. Tout le chemin.
Nous devenons à notre tour compagnons de route, éblouis de lumière « Et nous n’en finissons pas de rentrer chez nous »
Et cette phrase de Christophe Langlois, écrite dans un autre de ses livres, résonne en moi comme une splendide invitation :
« Mets ta main dans la mienne. L’arrivée sera magnifique. Mais d’abord, ferme les yeux. »
Le temps de faire confiance à la lumière, de la garder sous les paupières, avant de la rendre encore éblouis
Christophe Langlois, * Je commence toujours par le ciel – Une vie d’Alfred Sisley -*
Éditions des Instants (2026)























