Elle s’appelle Magali Lemonnier (Magliani Deco).Elle est photographe depuis plus de quinze ans.
Ce qu’elle saisit n’est pas l’image d’un instant, mais son battement intérieur.
Elle capte les rires, les silences, les gestes involontaire, les regards…
De tous les champs qu’offre la photographie, c’est celui de la photo de mariage que je retiens aujourd’hui.

Un paradoxe qui me fascine : confier à quelqu’un la mission d’immortaliser ce qui par nature se décolore un peu avec le temps, le bonheur.
Fixer le bonheur avant qu’il ne se sauve et tout ce qu’il faut pour…

Déjà la lumière. Magali Lemonnier parle la langue de la lumière. Elle en connaît les humeurs, la fragilité, la grâce passagère.
Elle arrive toujours avant les autres, quand la salle est vide, que les fleurs cherchent encore leur place, que le jour hésite.

Elle observe la course du soleil comme on observe un visage aimé.
Et s’il fait gris, elle invente un soleil.
Et lorsqu’elle murmure « seize heures quarante », nous comprenons qu’elle parle de ce moment si rare où la lumière soudain, pardonne et nimbe favorablement.

Le soir, dans son studio, elle développe ses prises lentement.
– Il faut être calme dit-elle.
– Le bonheur se développe dans le silence.
Le papier de la photo, elle le décrit comme une peau : fragile, poreuse, prête à s’effacer.

Elle sait qu’au moment même où elle fige les mariés, ils commencent déjà à changer.
Cette joie devient archive et ce qu’elle capture, ce n’est pas l’éternité, mais la preuve qu’elle a existé.

Et puis, il y a les destins d’une image
Une photographie, dit-elle, ne vit pas une seule vie.
Dans un couple séparé, elle demeure en témoin discret.
Dans d’autres foyers, elle ranime une jeunesse enfuie, un éclat d’autrefois.

Et puis, arrive le temps des héritiers . Un enfant, un petit-enfant tombe sur la photo de mariage.
Les visages lui échappent, mais la quelque chose le touche profondément. Peut-être cette clarté dorée de ce jour-là. Celle de seize heures quarante.

Le papier jaunit courbe, mais l’émotion résiste.
Magali Lemonnier ne croit pas qu’elle capture quelque chose.
– Je dis au revoir avant tout le monde, confie-t-elle en souriant.
Son rôle n’est pas de retenir, mais de « fixer ».
La photo ne sauve pas la joie, elle la rend partageable, longtemps après sa disparition.
Chaque mariage lui rappelle la même vérité : le bonheur ne garde jamais la même intensité. Et puis c’est ainsi, qu’importe. Mais la trace capturée est là.
Et elle continue avec toujours la même ferveur à fixer le bonheur avant qu’il ne se sauve.
Et quand on lui demande pourquoi, après tant d’années, elle persiste à chercher ce moment-là, elle répond, sans hésiter :
– Parce que la lumière de seize heures quarante de cet instant ne reviendra pas. Du moins jamais la même.
Mais tant qu’on regarde la photo, elle brûle encore…

. 𝑀𝑎𝑔𝑎𝑙𝑖 𝐿𝑒𝑚𝑜𝑛𝑛𝑖𝑒𝑟, 𝑀𝑜𝑛𝑣𝑖𝑙𝑙𝑒, 𝑢𝑛𝑖𝑞𝑢𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑠𝑢𝑟 𝑟𝑑𝑣 – 0634538279
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𝐿𝑒𝑠 𝑝𝑒𝑟𝑠𝑜𝑛𝑛𝑒𝑠 𝑟𝑒𝑝𝑟é𝑠𝑒𝑛𝑡é𝑒𝑠 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑝ℎ𝑜𝑡𝑜𝑔𝑟𝑎𝑝ℎ𝑖𝑒𝑠 𝑖𝑙𝑙𝑢𝑠𝑡𝑟𝑎𝑛𝑡 𝑙𝑎 𝑝𝑟é𝑠𝑒𝑛𝑡𝑒 𝑐ℎ𝑟𝑜𝑛𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑒 𝐽𝑒𝑎𝑛𝑛𝑒 𝑂𝑟𝑖𝑒𝑛𝑡© 𝑜𝑛𝑡 𝑑𝑜𝑛𝑛é 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑒𝑛𝑡𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 à 𝑙𝑎 𝑝ℎ𝑜𝑡𝑜𝑔𝑟𝑎𝑝ℎ𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙’𝑢𝑡𝑖𝑙𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 et diffusion 𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑖𝑚𝑎𝑔𝑒.














