Affichage : 1 - 10 sur 14 RÉSULTATS
Blog-Notes de Alain Hoareau

*Consobrinae*

*Consobrinae*, des cordes d’essence et de liens

Elle est violoncelliste, lui est théorbiste. Elle s’appelle Hermine Horiot et lui Giovanni Bellini. Elle est française et joue de la musique italienne, lui est italien et joue de la musique française et c’est bien la même partition qu’ils jouent à la scène comme à la ville. 

Dimanche 15 février, ils sont venus présenter leur tout dernier enregistrement en duo, *Consobrinae* dans la très belle salle « Le regard du cygne » à Paris. Plancher en bois, mur de pierres, acoustique parfaite. Quelques mots d’explication, mais surtout un magnifique concert. Nous étions invités dans l’intimité d’une époque, seconde moitié du dix-septième  siècle, spectateur de l’essor du violoncelle en tant qu’instrument soliste en Italie, et de l’âge d’or du théorbe en France. 

J’ai tout d’abord été frappé par l’équilibre sonore des deux instruments. Pas de système d’amplification bien sûr, juste la maîtrise des deux musiciens, juste la parfaite adaptation de l’un avec l’autre. Même dans les passages les plus intenses du violoncelle, à aucun moment la clarté polyphonique du théorbe ne s’est trouvée diminuée, écrasée ou étouffée. Et la fragilité supposée de l’instrument à cordes pincées n’a jamais donné l’impression de brider la puissance du violoncelle. 

Il  y a également cette respiration commune, si précise, si exacte, qu’elle semble devenir une et une seule et à ce moment là je me dis que nous sommes au-delà du simple équilibre. À percevoir ainsi l’intimité d’un mode de jeu, je n’ai pu m’empêcher, en tant que guitariste, de me souvenir du duo de légende Presti-Lagoya. On pourra aussi penser, à propos de cet au-delà de la complicité à Jacqueline du Pré et Daniel Barenboim dans le concerto d’Elgar par exemple. 

Voilà deux musiciens qui jouent par coeur. Sans partition donc. Mais le sens de cette expression ne se réduit pas ici à cet aspect « technique ». C’est un jeu de regards croisés, c’est une gestuelle libérée. Avec un violoncelle sans pique, bien serré entre les jambes, Hermine Horiot semble danser la musique tandis qu’avec la solidité posée de Giovanni Bellini, lui semble le danseur qui « porte » pendant le continuo. Ici jouer par coeur signifie vraiment jouer avec le coeur. 

Le théorbe est aussi soliste avec des oeuvres de Robert de Visé par exemple, fameux musicien et compositeur à la cour de Louis XIV ( dont il fut le professeur de guitare, pour l’anecdote). Un jeu précis, orné judicieusement, à la polyphonie intime et sonore. Une rivière semble couler dans l’enchaînement des variations d’une chaconne par exemple et sans aucune austérité les répétitions ne sont jamais uniquement des répétitions. 

Les deux musiciens n’ont cessé tout au long du concert de tisser des liens. Liens entre les cultures, entre les notes, entre les mots et les gestes, liens entre eux, si précieux, mais aussi liens avec le public venu les écouter et qui est reparti avec des morceaux de toiles sonores et d’étoiles vivantes. 

C’est tout cela et plus encore que Hermine Horiot et Giovanni Bellini vous proposent au travers de leur enregistrement *Consobrinae* et que je ne peux que vous recommander. 

Blog-Notes de Alain Hoareau

*Satie*

*Satie*, Un roman pour un centenaire.

Un roman qui a pour titre *Satie*, on aurait presqu’envie de dire :  comme tous les romans pour paraphraser le compositeur qui disait : « je m’appelle Erik Satie comme tout le monde ». 

Patrick Roegiers, l’auteur du roman, lui écrit Satie comme personne. Ce qui n’est pas rien. Une biographie ? Me direz-vous. Satie en bon normand aurait pu répondre : peut-être bien que oui, peut-être bien que non. 

Mais non, bel et bien un roman. Mais oui une biographie, d’autant plus vraie qu’elle devient fictive. Imaginez Satie, Alphonse Allais, Claude Debussy, John Cage, Cocteau, Suzanne Valadon, pour ne citer que ceux-là, réunis dans une même pièce, dans un même temps. 

Une vrai *Parade* et on imagine l’oeil rieur du petit barbichu accroché à son parapluie.

Si Patrick Roegiers se permet ces grands écarts, totalement réussis d’ailleurs, ( on ne sent pas de résistance dans les tendons, comme on n’entend pas les os craquer ), c’est que Satie a, lui, réussi à faire  le grand pont avec les générations qui ont suivi. 

La révélation de la lenteur et du blanc musical, la révolution qu’a opérée le musicien d’Arcueil, aussi importante que celle d’un Stravinsky, ne furent pas des écueils. 

Aucune sécheresse dans ce roman, Patrick Rogiers comme un familier d’Eric Satie nous invite en sa compagnie. C’est du vivifiant, c’est du sensible, c’est de l’admiration qui se transmet et se ressent, une musique des mots qui aime la musique. Une histoire qui se compose, avec des époques qui se juxtaposent aussi nettes et précises que les juxtapositions mélodiques qu’affectionnait Eric Satie. 

Si Satie est l’auteur de *morceaux en forme de poire*, Patrick Rogiers a réussi un roman qui se déguste lentement comme un dessert en pomme de foire. 

Paru en 2025 aux Éditions Grasset,  *Satie* de Patrick Roegiers rend ainsi un hommage étonnant au compositeur décédé voilà cent ans, le premier juillet 1925.

Blog-Notes de Alain Hoareau

Yuja Wang, le clavier bien habité. 

D’aucuns retiendront peut-être un déshabillé de scène, d’autres peut-être une virtuosité couvrant la peur du vide, pour ma part je retiendrai une musique déshabillée de superflu et une poésie couvrant le temps de sa nécessaire intelligence. 

Ces préludes de Chopin qui ne sont rien d’autres que des portraits en mouvement, hallucinants, parfois hallucinés, des questions sans réponses, des élans inachevés et à mon avis se situant dans le plus intime et la part la plus sincère du compositeur, méritent bien cette spontanéité, cette émotion toujours à la recherche de la note,  puis de la note suivante,  comme « sans projet défini ». 

Je ne sais pas s’il aurait partagé mon avis, mais j’ai l’impression que cela correspond au propos d’André Gide dans ses *Notes sur Chopin*, je cite : « Chaque modulation dans Chopin, jamais banale et prévue, doit réserver, préserver cette fraîcheur, cette émotion presque craintive d’une nouveauté jaillissante, ce secret d’émerveillement auquel l’âme aventureuse s’expose sur des chemins non tracés d’avance et où le paysage ne se découvre que peu à peu. »

Bien qu’ayant beaucoup écouté Chopin durant mon adolescence, je ne suis pas un spécialiste en la matière, ( en aucune matière d’ailleurs ). Je ne sais pas ce que mes ami(e)s pianistes en penseront mais j’ai trouvé dans cet enregistrement en direct, un clavier bien habité. 

Ces préludes, qui curieusement ne préparent à rien, ne possèdent de sens que pour eux-mêmes, s’échappent du clavier comme des fragments de temps, fragments de vie, tous sens en éveils, voilà qu’ils me touchent plus que d’habitude, au sens figuré comme au sens propre au point de faire moi-même partie du voyage à l’intérieur de ces tableaux. 

Puisqu’il est question de tableaux, dans un tout autre registre, mais ô combien jubilatoire, n’hésitez pas également à l’écouter en replay sur Arte, rubrique Arte concert. Vous la découvrirez, si ce n’est déjà fait, entourée des œuvres de David Hockney. 

Une ode à la vie. 

Blog-Notes de Alain Hoareau

À propos du film *Les musiciens*


« Pour qu’un quatuor joue juste, il faut que chacun joue un petit peu faux »

Cette phrase comme un raccourci du film. 

L’histoire commune de quatre instruments, quatre musiciens, un compositeur pris dans une sorte huis-clos pour réaliser le rêve d’un mécène décédé. 

Cette phrase comme une nécessaire et vitale adaptation. 

Film musical, magnifique métaphore, un résumé ou plus encore un concentré de vie, d’expérience de vie, d’expérience de soi et de l’autre. 

La trajectoire de ces musiciens que tout prédisposerait à ne pouvoir jouer ensemble, l’affrontement et la remise en question de soi, de son rôle par rapport à l’autre, jusqu’au compositeur lui-même qui retrouve une œuvre dont il a perdu le sens depuis la date de sa composition. 

L’objet instrument verra lui aussi à un moment donné sa remise en question. 

Sans rien dévoiler précisons tout de même qu’il s’agit de quatre Stradivarius réuni pour la première fois. 

Cette phrase comme pour dire qu’il n’existe de réelle beauté que dans l’exercice d’un équilibre. 

Un film qui inscrit avec justesse la musique au cœur du vivant, de l’acte quotidien comme de l’acte exceptionnel, 

Une phrase pour apprendre ou réapprendre. 

Les musiciens reconnaîtront leurs propres expériences les mélomanes sentiront d’un peu plus près la réalité de la vie musicale. 

Et puis cette phrase pour aboutir à cette autre :

«  Quand on regarde un quatuor, il joue. Quand on l’écoute, il danse. »

*Les musiciens*

Film de Grégory Magne

Blog-Notes de Alain Hoareau

À propos de *Granada* le dernier CD de Elsa Grether et Vizi Ferenc

L’embarquement est immédiat avec l’œuvre de Joaquin Nin qui ouvre le récital d’Elsa Grether et Ferenc Vizi. Un bourdonnement, un bouillonnement, un appel aux sortilèges qui s’achèvera en toute fin de disque dans l’apaisement de la berceuse de Xavier Montsalvage. 

Entre temps, des éclats de soleil aux mystères des fontaines, « les sons et les parfums tournent dans l’air »…

Et comme il est question de poésie, car comment concevoir la musique sans poésie et la poésie sans musique, un poète immédiatement m’est venu à l’esprit en écoutant cet enregistrement : 

Antonio Machado. 

Alors voici un un poème qui me paraît, mieux que toute critique ou analyse musicale rigide et froide, évoquer parfaitement le contenu de ce nouvel opus. 

« Le poète est un jardinier. En ses jardins il souffle une brise subtile avec des accords légers de violon, des pleurs de rossignols, des échos d’une voix lointaine et le rire clair de jeunes amants babillant sans fin.

Il y a aussi d’autres jardins. La fontaine, là, lui dit: je te connais, je t’attendais. Et lui, en se voyant dans l’onde transparente : À peine suis-je encore celui-là qui rêvait hier !Il y a aussi d’autres jardins. Les jasmins y regrettent déjà les verveines d’été, et ces jardins sont des lyres d’arôme, douces lyres que fait vibrer le vent froid.

Passent les heures solitaires et sous la lune pleine, les fontaines déjà soupirent dans le marbre, les fontaines chanteuses, et dans l’air l’on entend plus que le bruit de l’eau. »

Alors bien sûr on n’oubliera pas de dire aussi que le programme est virtuose, que le violon est virtuose, que le piano est virtuose, que les deux musiciens sont virtuoses. Mais ce qu’on  n’oubliera pas surtout c’est l’émotion du voyage qui restera dans ce silence si particulier qui suit la dernière note. 

Bien sûr il y a du brillant et du brillantissime : un Rodrigo qui semble jouer les Paganini ( comment ne pas penser à la Campanella » dans le dernier mouvement de sa sonate, un Sarasate semblant danser plus en diable que Carmen elle-même. 

Mais il y a  aussi ce Turina, qui m’est si cher, un déchiffreur de terre et d’âme allant directement à l’essentiel sans s’encombrer de fioritures inutiles. 

Et pour citer encore Machado :

« Tout passe et tout demeure, mais notre affaire est de passer, de passer en traçant des chemins des chemins sur la mer. » 

Quels magnifiques chemins Elsa Grether et Ferenc Visi nous offrent avec ce *Granada*

Blog-Notes de Alain Hoareau

*L’oiseau de feu*, l’incendie salutaire

*L’oiseau de feu* de Stravinsky, l’exemple même de l’orchestration qui met à part égale l’ensemble et l’individuel qui constitue l’ensemble. 

La magnificence et la force de la communion sonore, la présence de la voix individuelle, irremplaçable dans son unicité. 

L’oiseau de feu , le multicolore et la clarté, l’un et le tout. 

Tels sont les mots immédiats qui me sont venus à la réécoute hier soir de ce concert donné au Louvre par l’orchestre de Paris sous la direction de Pierre Boulez. 

Et voici comment Pierre Boulez évoquait l’orchestration de *L’oiseau de feu* : 

« La maîtrise orchestrale s’y affirme avec une vigueur et une verdeur que je ne puis comparer qu’à celles de la Symphonie Fantastique de Berlioz (bien que je sache que Stravinsky n’aimait pas spécialement Berlioz… ). Je dirais volontiers que la modernité de l’orchestration du XIXe siècle s’est révélée dans la Symphonie Fantastique, de même qu’elle s’est révélée dans l‘Oiseau de Feu. Une virtuosité innée s’y manifeste, commune aux deux compositeurs, et révélatrice de leur génie poétique. »

Une musique fascinante et terriblement inquiétante, légende source mais d’une modernité permanente : il semblerait que nous n’en finissions jamais de combattre pour la liberté. Résonance terriblement actuelle…

Et le chef Boulez de déclarer également : 

« Je vois en effet, dans l’Oiseau de Feu une espèce d’avidité à se saisir de la musique déjà existante pour la transmuter en un objet agressivement personnel.[…] Nous sommes donc parfaitement en mesure d’apprécier la vivacité avec laquelle le ferment d’une pensée créatrice a entrepris son travail initial. »

Quant à la direction de Pierre Boulez : la précision et la clarté qui nous fait croire que nous sommes capables de saisir le sens et la structure de l’œuvre comme si nous étions à sa place.  

Nous prenons ce plaisir, nous le goûtons et puis nous redescendons sur terre très humblement mais peut-être un peu meilleur. 

Nous avons tenu un instant la plume magique de l’oiseau qui nous a donné la liberté de comprendre. 

Blog-Notes de Alain Hoareau

Musiciens de l’exil au Conservatoire des Landes

En toute musique se révèle un royaume : celui des sans-exil. 

C’est une plongée au cœur du Conservatoire des Landes, en compagnie de quelques-uns de ses musiciens, que je vous propose dans ce reportage. 

À travers les mots et les notes c’est comprendre leurs cheminements, leurs ambitions, le concret de leur travail, mais également leurs émotions et s’émouvoir à notre tour de ces territoires de vie qu’il est possible de partager. 

C’est aussi la voix des compositeurs pris dans la tourmente d’une époque pas si lointaine, leurs témoignages et leurs recherches de nouveaux rivages sonores. 

Blog-Notes de Alain Hoareau

De la sortie à la sortie…

C’est un paradoxe : plus le nombre de lecteurs semble à la baisse, plus le nombre de livres édités augmente. 

Est-ce les derniers soubresauts d’une activité sur le point de s’éteindre ?

Est-ce une technique commerciale de la dernière chance ? Mystère. 

Ce qui est sûr, c’est que cela en devient rébarbatif pour le lecteur aussi. 

Il y a les têtes de gondoles ( qui ne vous amènent pas forcément à Venise) , il y a les amis ( à qui ont pourrait donner sa chemise) et puis un vaste territoire inconnu et mouvant ( peut-être émouvant mais comment le savoir)

Écrire un article sur les réseaux cela va très vite, le lire encore plus vite, l’oublier plus encore…

Écrire un livre cela prend du temps, le publier aussi, le lire également, quant à l’oublier, cela dépendra du temps que l’on aura réellement pris pour tout cela. 

Un livre c’est le temps long. Pourtant à peine entré en scène, il ne  lui reste déjà que peu de temps à vivre. Le petit nouveau arrive qui le pousse vers la sortie. Dans l’expression « untel a sorti un livre cette semaine » le mot « sortir » sonne d’emblée comme un funeste présage. 

Alors ce temps il faudrait arriver à le prendre, ce temps du vécu, ce temps de la pensée, ce temps du dire et du faire, ce temps de la mémoire, car plus encore que le temps long, un livre c’est de la mémoire.

Il serait bien dommage que la mémoire soit la grande oubliée de notre époque. 

Blog-Notes de Alain Hoareau

2025 Carmen se démène, mais sans tromper Bizet…

2025-1875= 150…. Ah les anniversaires ! On en parle, on en parlera et si c’est pour la bonne cause, tant mieux. Carmen est là, sera toujours là, ( voir ma publication  du 03/12/2024), on ne peut que se réjouir. 

Mais de grâce qu’on ne fasse pas d’elle la passionaria des féminicides, au sens où notre époque l’entend. 

Pour ma part, au risque de me faire beaucoup d’ennemi(e)s, je ne franchirai pas le pas et continuerai à penser que le génie d’un auteur ne devrait pas servir aux causes qui n’étaient pas les siennes, fussent-elles les meilleures comme c’est le cas pour celle-ci. Bizet a déjà subi l’échec de son opéra à sa création, ne lui infligeons pas, 150 ans plus tard, le camouflet d’un détournement de sa pensée. 

Mais Bizet ce n’est pas seulement Carmen. Beaucoup d’autres oeuvres. De l’alimentaire, beaucoup d’alimentaire qui l’usait énormément. La vie d’un créateur n’est pas qu’un long fleuve tranquille. 

Mais pas uniquement de l’alimentaire. 

Prenons le temps d’écouter sa première symphonie en Ut, prenons le temps ( pour les plus pressés) de son deuxième mouvement avec son merveilleux solo de hautbois.  Oeuvre d’un jeune homme de 17 ans. Tout l’art de l’orchestre qu’on retrouvera plus tard dans Carmen, et tout l’art du chant. 

Et puis même dans ce qu’il considérait comme « l’alimentaire », subtilités et finesses sont toujours présentes. 

On découvrira aussi un Bizet à la recherche d’une certaine « authenticité », oh, pas une vérité musicologique scientifique, mais tout de même une belle approche des styles et des expressions. L’arlésienne bien sûr et ses emprunts à la tradition provençale, Carmen et son hispanisme effleuré, mais également la belle tradition du piano romantique des *chants du Rhin* (  dont je vous conseille la version de Jean-Marc Luisada, enregistrement dans lequel il met en miroir les nocturnes de Fauré)

Ecoutons aussi les *feuilles d’album* , mélodies sur des poèmes de Hugo, Ronsard, Musset etc…

Écoutons *Guitare* de Victor Hugo avec son rythme de boléro, où l’on croirait entendre une vraie guitare rythmique dans la partie piano d’accompagnement. Une partition à mon sens beaucoup plus intéressante que celle d’un certain Franz Liszt sur le même texte. 

Musique typiquement française, mais quels voyages sonores pour un homme qui aura eu une vie si brève, et n’aura franchi les frontières de l’hexagone que pour le court séjour italien à l’occasion du Prix de Rome. 

En lien, *Adieux de l’hôtesse arabe* Poème de Victor Hugo, Musique Georges Bizet. 

Blog-Notes de Alain Hoareau

Bach comme au concert…

Un répondeur téléphonique qui diffuse de la musique classique, tout le monde connait cela. Est-ce à croire que la musique classique serait un trompeur d’ennui ? Elle,  pourtant si souvent estimée difficile d’accès, voire ennuyeuse par un public qui n’ose pas franchir les portes des salles de concert. 

Je n’ose pas croire qu’il s’agit là d’un subtil parallèle entre la difficulté d’accès à la musique et celle qui consiste à accéder à un service. Ce serait de l’ordre, même pas du deuxième, mais du troisième et plus sûrement encore du quatrième degré et l’humour n’est pas la  vertu première de ces services d’accueil. Parlons plutôt de service d’écueils…

Et c’est bien pourtant ce qui commence le spectacle musical *Come Bach*. 

Mais ici, le service est absolument parfait. Du début jusqu’à la fin il n’y a qu’à se laisser porter un quatuor féminin d’une énergie qui ne faiblit jamais. 

Jamais on ne vous laisse sur le bas-côté pendant ce voyage musical à travers la musique de Bach et de ceux qui longtemps après lui s’en inspirèrent et s’en inspirent encore. 

Piano, hautbois et cor anglais, voix, contrebasse et même un quatuor de mélodica  figurant le grand orgue d’une célèbre toccata et fugue. 

Assises, debout, couchées, perchées sur le piano, elles jouent de la musique, mais elles jouent aussi de la scène, elles bougent, vibrent, nous font bouger et vibrer avec elles. Les partitions ont disparu, mais la musique triomphe. 

Il m’a semblé que la scène qu’elles nous offraient était à l’image du chamboulement que peut produire un concert au plus profond d’un auditeur (chez qui cela reste plus discret et secret lors d’un concert « traditionnel », bien entendu…)

Et je suis persuadé que ce genre de spectacle est de nature à ouvrir bien des portes. 

C’était mardi soir au théâtre du Lucernaire à Paris le plaisir d’entendre et de voir : 

Anne Baquet, Christine Fonlupt, Amandine Dehant, Anne Regnier.