Il y a des voyages qui vous déplacent à peine d’un pas et d’autres qui vous arrachent à vous-même.
On croit souvent qu’il suffit de franchir une frontière pour passer dans un autre monde. C’est faux…
Le seul déplacement qui compte vraiment, celui qui laisse une cicatrice ou un sillage, se joue dans cette brèche intime où l’on consent à perdre pied. La géographie n’y est qu’un prétexte.
La vraie topographie est intérieure, capricieuse, parfois rétive.
On pourrait dire que l’écriture est cette part de nous clandestine, qui nous accompagne. Elle observe nos résistances et fouille ce « territoire de soi »
« Les mots, comme les êtres et les groupes humains, voyagent, se déplacent, émigrent et immigrent, avec des fortunes diverses. Ils appartiennent à l’espèce immense des SIGNES, ces réalités physiques qui donnent aux humains accès au réel et à l’imaginaire, au concret et à l’abstrait, à la matière et à l’Esprit… » (Alain Rey).
À cette réflexion lumineuse s’ajoute peut-être une évidence…La traduction n’est rien d’autre que l’un de ces voyages.
Trois traducteurs passeurs racontent les mots migrateurs. C’est « fort », jubilatoire, bouleversant, drôle.
Claro, Editions Inculte, Françoise Morvan et André Markowicz, Editions Mesures, traducteurs écrivains racontent dans cette captation leur (s) métier (s), leur (s) passions et puis beaucoup d’inattendus et d’humour…
« Nous avons une dette quand nous recevons le récit de l’autre… »
David Teboul raconte en direct *Les filles de Birkenau*
Il nous dit que nous avons une dette, quand nous recevons certains récits, comme ceux des *Filles de Birkenau*…
Il nous dit qu’entre ces dernières rescapées de Birkenau, tout au long et du tournage du documentaire et du récit sur papier, il lui fallait trouver sa juste place.
Qu’elle est la place quand le récit s’enfonce dans le terrible de Birkenau ?
Au début de ce déjeuner au printemps, « Les filles de Birkenau » sont « normales » et puis tout doucement, elles fléchissent, elles sont entre elles… là-bas…
« Elles savent d’où elles parlent » nous dit David Teboul
« Que la vie des autres parait simple, vue à distance… » disait Joyce Carol Oates
Ce Fil de MémoireS chez Anne Ghisoli et son équipe à la Librairie Gallimard montre combien la vie est loin d’être simple. Plus encore elle est rude parfois.
Anne-Dauphine Julliand et son livre : Ajouter de la vie aux jours (Éditions Les Arènes).
Marc Bouriche et son livre Éclaircies en haute mer (Éditions Complicités)
Et Daniel Kay et Les vies héroïques (Éditions Gallimard).
Racontent avec grande élégance combien « Le feutré de la peine » est « sonore » et souvent invisible.
Et puis, il y le chant… il y l’émerveillement… il y a l’héroïsme ordinaire aussi