De ci... De là...

Celle qui porte le nom de ma mère 

La douceur du temps incite parfois à prendre celui de la découverte. Le regard, sans rien chercher de particulier, prend de la hauteur et même sur une place, mainte fois traversée, il guette discrètement l’inattendu. 

En grand sur la façade de la mairie du sixième arrondissement de Paris, le nom de Germaine Lacaze. 

Lacaze, le patronyme de ma mère. C’est ainsi que prit forme l’inattendu. 

Germaine Lacaze peintre ( 1908-1994 ). Aucun lien de parenté bien sûr. Mais sa vision de Paris. Ce qui m’apparaîtra  par la suite comme la couleur déposée de son regard. Une exposition jusqu’au 7 mars. 

En suivant l’ordre chronologique de ces « fenêtres » parisiennes on se rend compte aisément de l’évolution et de sa recherche picturale. Une peinture figurative qui n’a rien de passéiste, une transcription du quotidien et du détail dans une explosion de couleurs, comme si la couleur devenait petit à petit une matière prenant possession de la forme. 

Il y a de l’épaisseur, de l’intensité dans la touche, une force vive qui paradoxalement vient rendre compte de la délicatesse, de la légèreté voire même de la fragilité d’un instant. Touches lumineuses juxtaposées, le liant, lui,  est celui de la vie elle-même exposée. 

J’imagine une musique correspondante et sans faire plus de recherche celle d’Un américain à Paris de George Gershwin me revient en mémoire. Peut-être par ce que cette musique est elle aussi pleine des bruits de la vie qui s’entrechoquent sans jamais devenir un chaos. Une sorte de jubilation existentielle. Peut-être aussi pour la correspondance avec l’état d’esprit du flâneur prêt à se saisir de l’inattendu. 

Encore un détail, une anecdote, pleine de sens cependant. La signature bien lisible des tableaux au début comporte le nom et le prénom. Germaine Lacaze finira par ne plus écrire que son nom de famille. Il fallait cacher le fait qu’elle était femme pour gagner notoriété m’expliquent ses ayant droits. 

Et la question éternellement se repose : faut-il donc toujours justifier de qui l’on est et d’où l’on vient pour pouvoir prétendre à la reconnaissance d’une existence ? 

Mais je tenais à partager le plaisir de cette très belle découverte. Si vous passez vers la place Saint Sulpice, surtout n’hésitez pas à franchir le seuil de la mairie pour monter dans la salle du Vieux Colombier. 

Une prochaine exposition à signaler : du 10 au 26 avril à Nogent sur Marne cette fois-ci. 

Vous pourriez aussi aimer...