*𝐓𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐌𝐚𝐫𝐨𝐜* 𝐨𝐮 𝐥’𝐚𝐫𝐭 𝐟𝐫𝐚𝐠𝐢𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐨𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧
« Il ne faut jamais revenir sur les lieux de son enfance, de crainte d’en brouiller le souvenir »
Dans *Tendre Maroc*, Emmanuelle De Boysson n’écrit pas un roman de souvenirs : elle fouille une absence. Au centre du livre se tient une silhouette énigmatique : Blanche, la mère.
Autour d’elle gravite l’enfance marocaine. Mohammedia. Les jardins où courent les enfants. Les mouettes au-dessus du port. Les orangers lourds de soleil. Et sur le bout de la langue, la douceur poudreuse des cornes de gazelle.
Tout semble lumineux.
Mais les enfances heureuses sont parfois des paysages trompeurs. Sous la lumière, il y a des failles.
Blanche est de ces mères vastes, tournées vers les autres, vers la détresse du monde. Les pauvres, les blessés, les invisibles. Sa compassion déborde. Mais la petite Emma, elle, reste souvent à la lisière. L’amour circule ailleurs. L’enfant attend. Cherche un regard. Une place.
Alors elle se tait.
Et ce silence devient la matière même du livre. Le lien à la mère ne peut se dire qu’en creux, manque, perte, distance.
Écrire naît là.
Comme une tentative de réparer ce qui ne l’a jamais été. Comme un greffon posé sur une blessure ancienne. Emma grandit, écrit, s’éloigne. Mais certaines histoires ne lâchent pas prise. Elles restent dans le corps.
Il faudra un infarctus, le cœur qui cède, pour que tout revienne brutalement à la surface.
Alors elle retourne dans la maison maternelle. Et trouve les carnets de Blanche.
Soudain une brèche s’ouvre. Une autre langue apparaît. La mère existe autrement. Non plus comme une énigme close, mais comme une voix.
Quelque chose respire à nouveau.
Dans ce livre très nu, Emmanuelle de Boysson tente ce geste presque impossible : retisser le fil rompu des filiations. Recoudre le tissu troué de l’enfance. Se tenir enfin debout dans sa propre histoire.
Mais la littérature ne sauve jamais complètement.
On croit se remettre de son enfance. On n’en guérit pas. Elle revient toujours par vagues lentes, par éclats imprévus.
C’est pourquoi *Tendre Maroc* touche juste. Parce qu’il ne prétend rien réparer. Il marche sur une ligne fragile : celle des retrouvailles qui savent qu’elles arrivent trop tard.
Une écriture du seuil. Sur le seuil.
À la fin, une seule certitude demeure :
Blanche retrouvée
Et quelque part dans un jardin de Mohammedia, une petite fille cesse peut-être enfin d’attendre.
*Tendre Maroc* est peut-être le livre le plus autobiographique d’Emmanuelle de Boysson. Le plus nostalgique. Le plus « bavard », le plus sensuel … et le plus confident.
Ne vous fier pas aux couleurs de la page de couverture…
*Tendre Maroc*, plus qu’un roman est une tentative de consolation…
Est-elle réussie ?
Le livre en tout cas l’est. Hautement !
Emmanuelle de Boysson, *Tendre Maroc*, Calmann-Lévy – Maquette Olo –
Tableau couleurs de Marrakech ©Nolwenn Denis

