Chroniques

*Fragments d’un sentiment*

« L’été s’use. Le jour se rétracte, se colore de nuit. L’été se conjugue au passé.

Une phrase, c’est comme une touche de bleu, il faut oser. J’observe l’absence de réalité cognée, sans la matière d’une chair.

« J’enviais la félicité des bêtes. » Qu’est-ce qu’un style ? Une manière d’être seul… »*

L’extrait lu est en P.86-87

Il porte sur Gaspard Ulliel…il porte sur la beauté, sur celui qui « s’est trompé d’époque ».

Celui dont la mort « enlaidit le monde »

Et puis Christian de Maussion  pose l’immense question et donne la terrible réponse :

• Qu’est-ce qu’un style ?

• Une manière d’être seul…

Christian de Maussion *Fragments d’un sentiment*, 5 Sens Editions

Illustration : Nicolas de Staël

Chroniques

*La danse en festin*

Danseur, puis une blessure…il est devenu chorégraphe.

Je suis époustouflée par la beauté et l’unité de *La danse en festin* de Jean-Christophe Maillot.

La danse bien sûr, mais aussi toute une chorégraphie autour et avec des danseurs, des chorégraphes, des plasticiens, des écrivains, des chefs d’orchestre, des compositeurs et des comédiens… 

Il les a tous conviés pour nous offrir cette *Danse en festin*

Et Jean-Christophe Maillot confie :

« Sans les autres, je n’existe pas…ou si peu…À la différence du peintre, de l’écrivain qui, d’un coup de pinceau ou de plume, traduisent leur pensée, le chorégraphe que je suis doit passer par le corps et l’esprit du danseur pour s’exprimer… »

Tout au long de cette *Danse  en festin*, nous côtoyons des sauts, des fusions, des réincarnations, des chutes et des sauts encore et puis cette unité entre la danseuse/le danseur et l’espace, entre son propre corps et ses limites…entre la musique et la danse…

*La danse en festin*…

Nous voici tous invités au banquet !

Jean-Christophe Maillot – *La danse en festin* (Gallimard / Les ballets de Monte-Carlo

Interviews

Ardavena…nous voilà !

Nous voilà à Saint Malo avec Pascale Privey Prigent

Pascale Privey Prigent est agrégée de lettres, éditrice et auteure… 

Et c’est une Escale à distance avec l’éditrice que nous faisons aujourd’hui.

Editrice, un métier fascinant et rude. Il commence toujours par le mot « choisir ».

Choisir c’est « élaguer » aussi. Choisir est un engagement. Envers l’auteur choisi, son manuscrit. C’est un accompagnement qui demande rigueur et foi…

C’est surtout savoir encaisser… c’est un métier passion à risques.

Mais Pascale Privey Prigent nous en parle avec passion, foi et ténacité…

Ardavena…nous voilà !

Blog-Notes de Alain Hoareau

Bach comme au concert…

Un répondeur téléphonique qui diffuse de la musique classique, tout le monde connait cela. Est-ce à croire que la musique classique serait un trompeur d’ennui ? Elle,  pourtant si souvent estimée difficile d’accès, voire ennuyeuse par un public qui n’ose pas franchir les portes des salles de concert. 

Je n’ose pas croire qu’il s’agit là d’un subtil parallèle entre la difficulté d’accès à la musique et celle qui consiste à accéder à un service. Ce serait de l’ordre, même pas du deuxième, mais du troisième et plus sûrement encore du quatrième degré et l’humour n’est pas la  vertu première de ces services d’accueil. Parlons plutôt de service d’écueils…

Et c’est bien pourtant ce qui commence le spectacle musical *Come Bach*. 

Mais ici, le service est absolument parfait. Du début jusqu’à la fin il n’y a qu’à se laisser porter un quatuor féminin d’une énergie qui ne faiblit jamais. 

Jamais on ne vous laisse sur le bas-côté pendant ce voyage musical à travers la musique de Bach et de ceux qui longtemps après lui s’en inspirèrent et s’en inspirent encore. 

Piano, hautbois et cor anglais, voix, contrebasse et même un quatuor de mélodica  figurant le grand orgue d’une célèbre toccata et fugue. 

Assises, debout, couchées, perchées sur le piano, elles jouent de la musique, mais elles jouent aussi de la scène, elles bougent, vibrent, nous font bouger et vibrer avec elles. Les partitions ont disparu, mais la musique triomphe. 

Il m’a semblé que la scène qu’elles nous offraient était à l’image du chamboulement que peut produire un concert au plus profond d’un auditeur (chez qui cela reste plus discret et secret lors d’un concert « traditionnel », bien entendu…)

Et je suis persuadé que ce genre de spectacle est de nature à ouvrir bien des portes. 

C’était mardi soir au théâtre du Lucernaire à Paris le plaisir d’entendre et de voir : 

Anne Baquet, Christine Fonlupt, Amandine Dehant, Anne Regnier.

Chroniques

*ni pays, ni exil*

« Près d’un bel acacia à fleurs odorantes rouges / Par une grève du temps / La voix du poète féconde dans la tenue de ce qui reste de l’aube / Pour enterrer l’obscurité du fusil »

Plus qu’une chronique, c’est une traversée d’émotions. J’ai intercepté un Passe-Muraille, un poète militant, activiste, qui se révolte en chantant, en écrivant et dessinant sur les murs. En racontant le désespoir et l’espoir d’un pays, son pays Haïti. 

Je ne savais rien de Ricardo Boucher !  Un ami qui se reconnaîtra m’a envoyé son recueil de poèmes. Il m’a juste dit :

– Vous en ferez ce que vous voudrez, mais lisez-le et j’ai reçu le titre comme un éclat dans la tempe. *ni pays, ni exil*

Ces deux mots qui font à la fois une terre natale et un immense nulle part. 

Ricardo Boucher est un fugitif, en cavale avec ses mots,  en cavale sur son propre territoire.

On lui attribue plusieurs identités : émouvant, dangereux, poète, activiste et surtout surtout amoureux de Haïti… son île aux trésors ravagée, pillée, oubliée.

J’ai tenté d’intercepter ce jeune homme de bidonvilles, sans famille, orphelin de mère, et de la terre identitaire…  et qui ne s’en remet pas…il dira :

– C’est un naufrage dans l’absence comme un vide prolongé

Je meurs de vivre en poème cette nature humaine qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, en l’espace d’un cillement !

*ni pays ni exil*. Peut-on partir et vers où avec un titre de séjour pareil ?

Peut on rester et où avec une carte d’identité pareille ?

Et puis toutes ces questions… cette écriture intense, la beauté des mots, l’horreur de certaines images, la nostalgie, l’amour… et cet espoir fou d’être entendu et à défaut d’avoir raconté… comment trouve t’il la force d’écrire tout cela…

Je ne sais toujours pas qui est vraiment Ricardo Boucher, je sais simplement qu’un recueil qui a pour titre et *ni pays ni exil* se doit de trouver au moins une terre d’accueil,  peut-être dans nos mains, peut-être  dans notre mémoire… pour contrer l’oubli qui mange parfois les gens et les pays…

C’est  comme un hors série, une traversée d’émotion. *ni pays, ni exil* chez LEGS ÉDITION, avec la bouleversante préface de Dieulermesson Petit Frère

Ce recueil de poèmes, C’est l’insaisissable d’une vérité, d’un visage… d’un engagement. 

C’est l’histoire d’un très jeune homme  qui nous écrit de Haïti…

Il s’appelle Ricardo Boucher

Et sur la page de couverture de son livre, le prénom, le nom, le titre ne portent aucune majuscule…

Chroniques

« Hors-Série »

« Ce qui est grand ce n’est pas l’image, mais l’émotion qu’elle provoque »

Et ces photos sont des images…

Merci infiniment  à Anne Ghisoli et son équipe, à la Librairie Gallimard Paris de nous recevoir et de permettre ainsi de formidables rencontres.

Merci à toutes celles et ceux qui ont accepté mon invitation.

Merci au public, présent ou à distance

Merci au Café Restaurant Les Éditeurs,

au Café de Flore, au Darocco, à Brasserie la Contrescarpe

Et sans oublier la Librairie du Cinéma du Panthéon et les rencontres cinema littérature du début. 

Alors je répète encore et encore les mots de Pierre Reverdy :

« Ce qui est grand ce n’est pas l’image, mais l’émotion qu’elle provoque »

Chroniques

*Ressacs*

« Les mots ne se relèvent jamais de leur chute silencieuse… »

*Ressacs* d’Alexis Bardini (Sébastien Minaux) est un recueil d’eau…eau salée, eau douce…

Il y a la mer, il y a comme des gouttes de pluie qui tombent lentement sur la vitre. Très lentement et elles portent une enfance, une mère disparue, des ruptures et quelques épiphanies…

Il y a aussi le face à face d’un homme et de son ombre qui se parlent, qui parlent, qui se consolent peut-être de ce qui a été ou n’a pas été. 

Alexis Bardini semble écrire entre chien et loup :

« C’était le soir/ Et l’horizon lancait la vague au ciel

Un homme sur les quais/Tous ces chants de marin/Lui faisaient cortège

Il est lucide sur les mots, sur leur chute parfois irrémédiable :

« Les mots ne se relèvent jamais de leur chute silencieuse… »

Pourtant, des lucioles lumineuses éclairent aussi l’ombre. Des poèmes comme en suspension. Toujours ce goutte à goutte qui selon peut guérir ou assombrir.

*Ressacs*, comme ces vagues qui emportent et ramènent au rivage.

Alexis Bardini ne livre qu’une part de sa propre vague. Il ne livre qu’une sonorité qu’il nous laisse interpréter à notre guise.

Il sait que tout ce qui s’écrit sur le sable est appelé à disparaitre. 

*Ressacs* c’est comme un « je » qui apparait et disparait : 

« Dans mon pays de nage lente/La nuit tient ses assises/Sur de très hauts plateaux

Lorsqu’un homme se dresse, il est comme une épingle au fil du vent… »

Chroniques

Son odeur après la pluie

« Être aimé suffit à se sentir à l’abri… »

Ubac est revenu et avec lui « Son odeur après la pluie ».

C’était au Lucernaire. La Première au théâtre  de *Son odeur après la pluie* de Cédric Sapin-Defour (Editions Stock). 

Un spectacle écrit et merveilleusement mis  en scène par Véronique Boutonnet. Scéno et lumières par le talentueux Richard Arselin.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est IMG_9559-1024x768.jpg.

Et l’éblouissant jeu de Marie Hélène Goudet.

Frémissante, talentueuse et endurante  Marie-Hélène. Tenir, tenir jusqu’au bout des mots pour que l’amour et le manque envahissent l’espace…

Car c’est d’ une histoire d’amour, de vie et de mort qu’il est question.

C’est une histoire entre un chien Ubac et un « humain ».

Et puis cet après… et toute la provision de souvenirs qui permettent de tenir. Tenir en dedans et tenir dans l’espace…

L’espace, c’est ce lieu que Véronique Boutonnet voulait absolument « investir » non pas pour le comprimer mais pour  que l’amour, le temps heureux, les promenades, les griffures, les courses, la joie, le manque et les souvenirs puissent « vivre » pour toujours. Dans la forêt des jeux et des promenades de jadis 

Au pied de l’arbre où Ubac et joie restent « vivants ».

Quelle formidable élan d’amour que ce livre.

Quel formidable élan d’amour que ce spectacle !

Ubac a envie folle d’aller au Festival off d’Avignon. Véronique Boutonnet lui a promis de tout faire pour l’emmener… 

J’ai oublié de vous dire que Cédric Sapin-Defour est un montagnard, professeur de sport et écrivain.

J’ai oublié de vous dire que Véronique Boutonnet c’est « Les âmes libres »

J’ai oublié de vous dire que Ubac est un bouvier bernois. 

J’ai oublié de vous dire que cet après midi, m’est revenu un autre « Bouvier »… Nicolas…et son *Usage du monde*

« Cédric, Ubac, Véronique, Marie-Hélène, Richard » nous ont offert aujourd’hui le plus bel usage du monde : l’Amour !

Interviews

L’escale de Jeanne avec Alain Hoareau

« Est ce ainsi que les hommes vivent ? »

L’éternel questionnement à la fois nostalgique et plein d’espoir.

Et dans *Cendrillon, c’est moi*, d’Alain Hoareau, le temps semble s’immobiliser parfois, comme pour permettre peut-être un dénouement à l’histoire, à défaut, lui permettre une respiration. 

Un peu de clémence accordée à ces destins « chahutés ». 

Ici, la vie est tenue en lisière…

Et cette Escale de Jeanne, au galop, comme pour vite vite profiter du temps donné à chaque portrait… comme pour prendre le temps de s’émerveiller des ressacs dont parle Alain Hoareau. Il en parle avec humour, avec tendresse, mais toujours hanté par le sentiment inéluctable de la perte.

À la question :

– Vous consolez votre livre parfois ?

L’auteur  répond :

– C’est lui qui me console…

Blog-Notes de Alain Hoareau

En toutes choses, le rythme…

Après Carmen, il est maintenant (encore !) question du Boléro. Celui de Monsieur Ravel bien sûr.

« L’ennui naquit un jour de l’uniformité » écrivait Victor Hugo. Oui, mais là pourtant (encore) on est très loin de l’uniformité et surtout de l’usure !

En toutes choses, le rythme

Je serais tenté de dire : en musique tout est rythme.

Il y a d’abord la « pulsation », (disons le « tempo » pour simplifier), les cellules rythmiques elles mêmes ( blanche, noire, croche, etc ), s’agrégeant en formules plus ou moins complexes. Mais on peut considérer également le retour périodique d’une phrase mélodique, un enchaînement d’accords, les couleurs sonores, comme autant d’éléments rythmiques.

Merci Monsieur RAVEL

L’exemple le plus frappant de toute l’histoire de la musique est sans doute le fameux Boléro de RAVEL.

Considérez une formule rythmique, relativement courte, répétée inlassablement pendant 17 minutes ; un motif mélodique, simple au demeurant, repris lui aussi de la même façon et cela sans qu’à aucun moment l’attention et l’intérêt ne faiblissent.

C’est ici, l’ art orchestral de Ravel qui évite à l’oeuvre de tomber dans un ennui, dans lequel les moyens initiaux auraient dû l’y conduire : entrée successives d’instruments, soit seul ou par famille, dosage des alliances sonores, utilisation précise des qualités d’un instrument à un moment donné de la partition…

Un tempo inflexible, surtout pas de rubato, c’est une machine qui avance ou, selon sa sensibilité, un coeur en mouvement, mais régulier , terriblement régulier.

Ainsi l’oeuvre s’achève dans une apothéose que certains n’ont pas hésité à comparer à l’acte d’amour. Oui, l’acte d’amour est sans précipitation ! On peut le préférer autrement mais quelle déception au final…

L’acte de mort aussi est sans précipitation, car la mort est bien un acte ici, quand on suit pas à pas la cadence qui s’impose. Et au final quelle certitude…

Il est amusant de savoir que Maurice RAVEL considérait son oeuvre comme un simple exercice d’école et que tout élève selon lui était capable d’en faire autant. Laissons lui le droit de minimiser son propre génie, mais si cette partition caracole toujours en tête du hit-parade de la musique classique c’est qu’elle est bien l’exemple de réussite en matière de non-usure du rythme.

Exposition à la Philharmonie de Paris du 3 décembre 2024 au 15 juin 2025