*Conversations de la porte* ou le passage des seuils …
« Dans un monastère, le visiteur pénètre sans carte, sans boussole, sans clés. Seule la scansion impérieuse du temps par le son de la cloche indique à la fois les moments de prière et l’horloge. »
La cloche scande les heures, annonce les prières et devient la respiration même du lieu. Le temps cesse de s’écouler . Il se dépose.
Dans *Conversations devant la porte*, Muriel Claude raconte les séjours réitérés d’une femme dans une abbaye cistercienne des Ardennes. Saison après saison, les heures reviennent comme des vagues.
– 5 h Vigiles, 7 h Laudes, 8 h 45 Tierce, 14 h 45 None, 18 h Vêpres, 20 h Complies –
Cette horloge de prières façonne le temps et notre mouvement de lecture…
Nous apprenons une lenteur nouvelle.
Le livre ne décrit pas, il écoute. Il se tient, lui aussi, sur le seuil.
La porte, la clôture, les gestes simples comme lire, marcher, cueillir des fleurs, deviennent autant de seuils entre le visible et l’invisible. Rien n’est forcé, rien n’est expliqué.
L’écriture de Muriel Claude avance avec la même retenue que la vie monastique. Elle regarde sans percer, elle approche sans franchir.
Puis vient la rupture. Les sœurs doivent quitter l’abbaye. Le lieu disparaît, la vie qu’il abritait se défait.
Le seuil, jadis promesse de passages, devient point de bascule.
Muriel Claude écrit cette fin sans pathos, sans révolte , en témoin silencieux d’un effacement.
Nous ne dirons pas si les sœurs vont désobéir… vous le saurez en lisant.
*Conversations devant la porte*, sous sa douceur apparente, déplace profondément notre écoute du monde.
Ce récit nous apprend à percevoir ce qui se tait, à demeurer dans cet entre-deux, cet espace fragile où quelque chose se transmet sans bruit.
Ce livre est une méditation sur la perte, la patience et la justesse du regard.
Il nous apprend à être au monde sans le « prendre ». Juste y être.
Et nous refermons doucement le livre, comme une porte que l’on ne claque pas.
Pour continuer d’entendre retentir un chant bouleversant :
« Le Salve Regina glorieux des Complies de l’été…
En paix, je m’endors.
En toi, je m’établis en sûreté… »
Muriel Claude, *Conversations de la porte*, Editions ARLEA (Collection La rencontre)
Photo de couverture : La Femme au fil de fer Dolorès Marat©

