Chroniques

*Des femmes. Toutes.*

*Des femmes. Toutes.*…ou bouger la pierre…

Ces femmes sont mortes. 

Mireille Diaz-Florian refuse leur disparition.

Il faut bouger la pierre.

Non pour faire croire à un miracle.

Mais pour laisser advenir une résurrection.

Pour qui ? La question reste ouverte. 

Pour sa lignée, sans doute. Pour elle, certainement. Pour nous, peut-être. Nous qui lisons en lisière  

Le livre s’ouvre dans un lieu et un non-lieu.

Un train. Un mouvement. Une traversée.

Et une jeune femme qui arrête l’horloge. Arrêter  le temps avant qu’il ne mange tout. Avant qu’il n’efface les noms, les visages, les joies modestes, les vies difficiles, les silences.

Ces femmes reviennent de loin. Elles reviennent avec leur jeunesse intacte et leur fatigue ancienne. Avec ce qu’elles ont vécu sans l’avoir dit. 

L’autrice ne fabrique ni légende ni mythologie. Aucun piédestal. Elle cherche, dans ce temps menacé d’effacement définitif, à redonner lumière. Comme lorsque le jour insiste. 

Comme lorsque la clarté persiste, fragile, obstinée sous la pierre.

Autour d’Alice , la mère, les prénoms se «lèvent » :

Eugénie.

Louise 

Angéline.

Antoinette 

Marie.

Et puis il y a Élisabeth.

Élisabeth, vous verrez qui elle est. Elle n’est ni clé ni conclusion, mais passage. Une figure où quelque chose enfin se dénoue.

Le train encore.

Le mouvement encore.

Et quelque chose enfin d’apaisé.

La rencontre a eu lieu.

Entre les mortes et la vivante.

Entre la lignée et celle qui écrit.

Entre le silence et la phrase.

Alors la symphonie éclate où chaque « instrument  voix » trouve sa place parce qu’elle a été appelée avec justesse.

Des femmes. Toutes.

Elles sont là.

Toutes.

Extrait 

« Elle se prit à désirer, pour le moment où il faudrait vider la maison, la présence anonyme de déménageurs. Leur détermination à faire bien leur travail effacerait d’un coup la tendresse déposée à la surface des choses, rompraient définitivement avec le poids de l’héritage. Elle aurait préféré partir en fermant la porte derrière elle, sans même un tour de clef. »

Mireille Diaz-Florian, 

*Des femmes. Toutes.* Editions du Palio

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