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Chroniques

*Siméra en Crète*

*𝐒𝐢𝐦𝐞́𝐫𝐚 𝐞𝐧 𝐂𝐫𝐞̀𝐭𝐞* 𝐨𝐮 𝐥𝐞 𝐯𝐨𝐲𝐚𝐠𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐬𝐞𝐮𝐢𝐥 …

«Fuis l’horizon bruyant qui toujours te réclame / Pour écouter enfin ta vivante rumeur…» 

Jules Supervielle ouvre ce livre comme on ouvre une porte longtemps condamnée. 

Catherine Sourd l’a choisie en exergue et ce n’est pas un hasard. Elle aussi avait une porte bloquée.

«Il y a des années, je m’en rends compte maintenant, que l’écriture est en travers de ma porte. Je ne pouvais pas sortir…»

Ce voyage à cheval en Crète, elle l’a fait en 1982.  Et ce texte a attendu. 

Quarante-quatre ans avant d’être édité. Quarante-quatre ans entre le seuil et le passage. Comme si le livre lui-même devait mûrir à l’ombre, hors du temps, avant de consentir à exister.

115 pages. Pas une de trop. Une odyssée  ! Le mot s’impose, parce que le voyage a cette forme : partir pour revenir autrement. 

Partir pour se retrouver capable de rentrer.

La jument s’appelle Siméra. 

En grec, cela veut dire « aujourd’hui ». 

Catherine Sourd avait eu un chien, autrefois, elle l’avait appelé Jadis. Entre Jadis et Siméra, une vie s’est jouée. Une traversée du temps. On ne saura pas tout et c’est bien ainsi.

Siméra impose son rythme. Sa lenteur. Ses arrêts. C’est elle qui décide, en réalité, comme ces chiens guides qui savent, à l’insu presque de leur maître, où poser le pied. La jument ne sait pas qu’elle soigne. Elle est soignée aussi. Elles deviennent complices

Les paysages sont splendides et l’écriture poétique, nerveuse, charnelle. Un corps-à-corps avec la nature. 

La beauté  dans les arrêts, les haltes, les sources. L’eau comme oasis, le sable comme rêve, la nuit étoilée, la lune belle et ronde sur les collines blanches.

L’eau justement. Elle est métaphore et souterraine dans le texte.  

Et puis, il a les rêves. Ils  sont le cœur battant du livre, sa nuit intérieure, son désordre nécessaire :

«Parce que mes rêves cherchent à la traverser, parce qu’ils veulent rentrer en moi. Mais cette nuit c’est impossible, je les ai mis dehors. Et du seuil de ma peau je les vois. Ils grouillent. Je ne les reconnais plus […] Ils m’ont pris la parole. Ils ont mélangé toutes les lettres de mon alphabet et m’ont réduite au charabia […] 

Mes rêves tourbillonnent. Ils sont sortis en tempête de ma mémoire grande ouverte […] Mes rêves sont au bout de mes doigts comme au bout de ma langue […]

«  Ils se sont posés délicatement sur mon corps comme une multitude de papillons de nuit. Ils sont phosphorescents. Je suis baignée de lueurs frémissantes […] Maintenant à la source de mes rêves je m’abreuve. Et mes rêves me bordent et posent des baisers sur mon front. Oui, j’ai compris. Nous sommes inséparables…»

Ce passage est bouleversant. Il dit tout ! L’insomnie  créatrice, la langue perdue et retrouvée, l’écriture comme corps étranger et  qui finit par exister. Le sable des rêves comme le sable du chemin. 

On pense à Nicolas Bouvier et *L’Usage du monde*, le voyage qui use et qui refait. On pense au silence des routes lentes. Au fait qu’on ne guérit pas vraiment…on apprend à marcher avec ce qu’on porte.

À la fin du voyage, il faut vendre Siméra. Catherine Sourd veut la vendre au plus gentil, celui qui la laissera libre, sereine, qui ne la maltraitera pas. 

Siméra veut dire « Aujourd’hui ». Et aujourd’hui ne s’emporte pas… 

La couverture porte un centaure d’Odilon Redon,  mi-homme mi-bête, mi-terre mi-rêve, mi-hier mi-demain. Le livre est là, entre les deux. Il apporte de l’espace. Du lointain dans la proximité. Du visible dans la lenteur.

Catherine Sourd a déposé le livre.

Quelque  chose s’est déplacé en elle,  pas guéri complètement. Mais la porte s’est entrouverte. L’écriture peut sortir.

Et nous, lecteurs, nous restons là avec ce livre écrit en 1982, édité en 2026, qui porte en lui ce temps suspendu comme une bougie qu’on aurait oublié d’éteindre. 

«Fuis l’horizon bruyant qui toujours te réclame / Pour écouter enfin ta vivante rumeur / Que garde maintenant de ses arcs de verdeur / Le palmier qui s’incline aux sources de ton âme.»

Catherine Sourd, *Siméra en Crète – Un vagabondage à cheval*

Editions Des Instants (2026) 

Chroniques

*White Song*

𝐖𝐡𝐢𝐭𝐞 𝐒𝐨𝐧𝐠…

«J’𝘢𝘪𝘮𝘦𝘳𝘢𝘪𝘴 𝘵𝘦 𝘥𝘦́𝘷𝘰𝘪𝘭𝘦𝘳 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘮𝘰𝘯 𝘦̂𝘵𝘳𝘦  

𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘭𝘦 𝘥𝘦𝘴𝘵𝘪𝘯 𝘯𝘦 𝘭𝘦 𝘱𝘦𝘳𝘮𝘦𝘵 𝘱𝘢𝘴. »

Schubert. D’emblée. Avant le premier poème, Christine Guinard  place son recueil sous ce signe et tout est dit. Tout ce qu’on ne pourra pas dire. Tout ce qu’on voudrait dire et qu’on ne peut pas. Un recueil, une tentative…

𝐖𝐡𝐢𝐭𝐞 𝐒𝐨𝐧𝐠 le blanc écrit, tremblé, chanté.

Et Christine  Guinard nous rappelle que la poésie n’est pas là pour consoler. 

Elle est là pour que les mots tiennent compagnie aux choses qui résistent à être dites.

Un très beau recueil adressé à M…on ne saura pas plus…

Et puis les  photographies de France Dubois.

Et les mots de la dernière de couverture que nous devons à Françoise Spiess :

« 𝘊𝘩𝘢𝘯𝘴𝘰𝘯-𝘮𝘦́𝘮𝘰𝘪𝘳𝘦, 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘴𝘰𝘯-𝘴𝘰𝘶𝘷𝘦𝘯𝘪𝘳, 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘴𝘰𝘯-𝘮𝘦𝘳𝘤𝘪, 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘴𝘰𝘯 𝘥’𝘦𝘴𝘱𝘢𝘤𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘥𝘦 𝘵𝘦𝘮𝘱𝘴 𝘥𝘦́𝘱𝘢𝘴𝘴𝘦́𝘦𝘴 𝘢̀ 𝘫𝘢𝘮𝘢𝘪𝘴 »

𝐖𝐡𝐢𝐭𝐞 𝐒𝐨𝐧𝐠…

Lisez-le lentement, comme on écoute  Schubert…

Christine Guinard, 𝐖𝐡𝐢𝐭𝐞 𝐒𝐨𝐧𝐠, Editions unicité -François Mocaër-

Chroniques

*La violence faite aux autres*

𝗠𝗮𝗿𝗶𝗲 𝗗𝗼𝘀é 𝗼𝘂 𝗹𝗮 𝗰𝗵𝗮𝗺𝗯𝗿𝗲 𝗻𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗱𝗲 *𝗟𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗳𝗮𝗶𝘁𝗲 𝗮𝘂𝘅 𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲𝘀*

*La violence faite aux autres* rappelle que personne n’est protégé d’une affaire pénale. Personne. 

Il rappelle également que la justice n’est pas un théâtre d’opinion. Sa place est au prétoire. Avec des juges qui ne regardent que les faits et les preuves, qui s’appuient sur les lois, des témoins, des avocats. Dehors ne devraient pas être « un souffleur » en matière de Justice.

Et puis, la justice, n’a pas de place sur les réseaux, ni dans les studios, ni dans les dîners où l’on condamne avant de comprendre. On peut avoir un avis. Pas juger.

Il rappelle également que nous sommes un grand pays et que notre système carcéral est indigne. Il faut des moyens. On ne peut faire vivre des présumés innocents et des coupables avec des rats, des cafards et une atteinte pareille à la dignité humaine. 

Et le temps. Le temps et sa chape. Ce temps qui peut abîmer irrémédiablement des innocents…

Il y a Venise aussi. La ville qui s’effondre et recommence. Sa splendeur qui étreint. Et cette effraction du destin dans un couple qui regarde Venise, son éphémère et son éternel recommencement. 

Et puis nous lecteurs. Nous arrivons avec nos certitudes sur les grandes affaires de Marie Dosé. Le livre ne cherche pas à les corriger ou à convaincre. Il fait plus. Il nous fait réfléchir…

À mesure que l’époque réclame des coupables immédiats, ce texte défend encore une idée presque obscène de nos jours : l’humanisme. Non comme posture morale. Comme risque.

Marie Dosé, *La violence faite aux autres*, Éditions du Sonneur.

Marc Villemain

Sandrine Duvillier

Valérie Millet

Les Editions du Sonneur 

Chroniques

*La complainte du matelas*

𝑪𝒍𝒂𝒊𝒓𝒆 𝒅𝒆 𝒇𝒆𝒎𝒎𝒆…

« 𝘚’𝘦𝘧𝘧𝘢𝘤𝘦𝘳 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘢 𝘭𝘶𝘮𝘪𝘦̀𝘳𝘦 𝘦𝘵 𝘴𝘦 𝘵𝘳𝘢𝘯𝘴𝘧𝘰𝘳𝘮𝘦𝘳 𝘦𝘯 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘵. » 𝘌𝘳𝘪𝘬 𝘉𝘭𝘰𝘮𝘣𝘦𝘳𝘨

Claire Fourier a cette capacité rare de faire d’un objet, ici un matelas abandonné,  un miroir exact de nos vies intérieures, sans pathos, avec cette ironie tendre qui est la marque des grandes romantiques. Car Claire Fourier l’est. Elle  continue de livre en livre à nous raconter les fées, les ogres,  la sensualité, l’abîme, l’enchantement et cette petite qui musique qui  grince et qui s’appelle 𝒍𝒆 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔…

« 𝘓𝘦 𝘫𝘦𝘶 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘦 𝘦𝘴𝘵 𝘥𝘶𝘳 𝘢̀ 𝘫𝘰𝘶𝘦𝘳 »*

Et Claire Fourier est une intrépide et bouleversante lanceuse de dès.

𝘾𝙡𝙖𝙞𝙧𝙚 𝙁𝙤𝙪𝙧𝙞𝙚𝙧  

*𝙇𝙖 𝙘𝙤𝙢𝙥𝙡𝙖𝙞𝙣𝙩𝙚 𝙙𝙪 𝙢𝙖𝙩𝙚𝙡𝙖𝙨 𝙤𝙪 𝙇’𝙖𝙢𝙤𝙪𝙧 𝙗𝙡𝙚𝙨𝙨𝙚́, 𝙩𝙤𝙪𝙟𝙤𝙪𝙧𝙨 𝙗𝙡𝙚𝙨𝙨𝙚́* (nouveau, 2026)

Editions Tinbad (Guillaume Basquin et

Christelle Mercier)

* in Struggle for life (film)

Chroniques

*Clément*

« 𝘊’𝘦𝘴𝘵 𝘧𝘢𝘯𝘵𝘢𝘴𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘤𝘦 𝘲𝘶’𝘰𝘯 𝘱𝘦𝘶𝘵 𝘴𝘶𝘱𝘱𝘰𝘳𝘵𝘦𝘳… » Guillaume Apollinaire 

Et lire *Clément* de Romain Lemire – le cherche midi éditeur – est un concentré de ces mots.

Le livre s’ouvre sur une phrase :

« On ne sait pas ce que le passé nous réserve. »

Et puis, quelques lignes plus loin, cette autre phrase, aussi simple, aussi foudroyante :

« Voila, tu la connais l’histoire. »

Non. On ne la connaît pas encore. Mais on va la traverser avec lui.

Le livre s’appelle *Clément*. 

Clément, c’est l’enfant. C’est l’auteur. C’est Romain Lemire – parolier, comédien, chanteur, pianiste – qui a mis quarante-sept ans à trouver comment revenir chercher ce garçon de sept ans qu’il avait laissé quelque part dans le noir.

Paris. Montparnasse. Les années 80. Une enfance cultivée, joyeuse, aimante. 

Un père professeur de français – brillant, qu’on écoute, qu’on regarde. Une mère qui travaille dans l’édition. Deux frères, Pierre et Victor. Une sœur, Estelle. Une maison familiale l’été. Des grands-parents, des cousins, des cousines, des amis.

Et dans ce « décor-là », le père viole Clément. De ses sept ans jusqu’à ses quatorze ans.

Ce qui distingue *Clément* de tant d’autres bouleversants témoignages, c’est que Romain Lemire a compris  quelque chose d’essentiel, on ne peut pas raconter l’inceste depuis la hauteur de l’adulte qui sait. On ne peut pas descendre dans le noir avec un projecteur. 

Il faut y retourner avec les yeux qu’on avait alors. Les mains qu’on avait alors et les mots qui manquaient alors.

« Ecrire à hauteur d’enfant »

Et c’est remonter *Clément*. Par paliers…

*Clément* de Vincent Lemire – Cherche-Midi Éditeur

Prix Goncourt du premier roman – 2026

Chroniques

*la vague au doigt*

« 𝘓’𝘢𝘪𝘳 𝘦𝘴𝘵 𝘱𝘭𝘦𝘪𝘯 𝘥𝘶 𝘧𝘳𝘪𝘴𝘴𝘰𝘯 𝘥𝘦𝘴 𝘤𝘩𝘰𝘴𝘦𝘴 𝘲𝘶𝘪 𝘴’𝘦𝘯𝘧𝘶𝘪𝘦𝘯𝘵… »•

*𝐋𝐚 𝐯𝐚𝐠𝐮𝐞 𝐚𝐮 𝐝𝐨𝐢𝐠𝐭* d’Alain Hoareau est à la fois un recueil photographique, un carnet poétique et une méditation sur la perte. 

Trois temps du même geste : 

– la vague vivante, indomptable ; 

– la photo, corps figé de ce qui fut ;

– l’écriture, enfin, pour dire la perte, ce  qui s’est  enfui et pourtant la vie toujours 

Alain Hoareau, *La Vague au doigt*, Editions unicité -François Mocaër-.

Parution  le 15 mai

• Charles Baudelaire

Chroniques

*De l’univers visible et invisible*

𝑳’𝒂𝒓𝒕 𝒆𝒏 𝒔𝒂 𝒅𝒆𝒎𝒆𝒖𝒓𝒆…

De l’art, on dit souvent qu’il éclaire.

Stéphane Barsacq fait mieux encore, il nous apprend à voir dans la pénombre.

*De l’univers visible et invisible  – Éloge de l’art*, paru chez Le Passeur éditeur, est un livre merveilleux. On y entre comme dans une pièce déjà habitée.

Stéphane Barsacq est le fils du sculpteur Goudji, petit-fils d’André Barsacq, familier des artistes qu’il a longuement fréquentés, de Balthus à Cartier-Bresson, il ne parle pas de l’art, il circule dedans. 

Ce qu’il écrit, c’est une  présence.

Le livre épouse cette logique. Des fragments, des dates, des notations. Un journal intime affleure très délicatement. Des noms surgissent, parfois attendus, parfois oubliés de tous. Et pourtant, rien ne se disperse. Il y a un fil, discret mais ferme, une manière de tenir ensemble ce qui ailleurs, se défait.

Stéphane  Barsacq écrit aussi sur le face à face avec l’ombre qui guette.

Ainsi cet extrait :

1er décembre 2025, 

Le portrait

« 𝘋𝘦 𝘍𝘰𝘶𝘲𝘶𝘦𝘵 𝘢̀ 𝘊𝘭𝘰𝘶𝘦𝘵, 𝘥𝘦 𝘔𝘢𝘵𝘪𝘴𝘴𝘦 𝘢̀ 𝘊𝘰𝘤𝘵𝘦𝘢𝘶, 𝘭𝘦 𝘱𝘰𝘳𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵 𝘧𝘳𝘢𝘯𝘤̧𝘢𝘪𝘴 𝘢 𝘤𝘶𝘭𝘵𝘪𝘷𝘦́ 𝘭𝘦 𝘱𝘳𝘪𝘷𝘪𝘭𝘦̀𝘨𝘦 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘳𝘢𝘳𝘦𝘵𝘦́, 𝘶𝘯𝘦 𝘦́𝘤𝘰𝘯𝘰𝘮𝘪𝘦 𝘥𝘶 𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵 𝘲𝘶𝘪 𝘦𝘴𝘵, 𝘢𝘶 𝘧𝘰𝘯𝘥, 𝘶𝘯𝘦 𝘱𝘶𝘥𝘦𝘶𝘳 𝘦𝘹𝘵𝘳𝘦̂𝘮𝘦 𝘥𝘦𝘷𝘢𝘯𝘵 𝘭’𝘢𝘣𝘪̂𝘮𝘦 𝘦𝘵 𝘭𝘦 𝘵𝘳𝘢𝘷𝘢𝘪𝘭 𝘤𝘰𝘯𝘴𝘵𝘢𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘮𝘰𝘳𝘵. 𝘋𝘦 𝘮𝘢𝘯𝘪𝘦̀𝘳𝘦 𝘨𝘦́𝘯𝘦́𝘳𝘢𝘭𝘦, 𝘭𝘦𝘴 𝘨𝘳𝘢𝘯𝘥𝘴 𝘱𝘦𝘪𝘯𝘵𝘳𝘦𝘴 𝘯’𝘰𝘯𝘵 𝘫𝘢𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘳𝘦𝘤𝘩𝘦𝘳𝘤𝘩𝘦́, 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘱𝘰𝘳𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵𝘴, 𝘢̀ 𝘳𝘦𝘱𝘳𝘰𝘥𝘶𝘪𝘳𝘦 𝘵𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘲𝘶𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘭𝘢 𝘳𝘦́𝘢𝘭𝘪𝘵𝘦́ 𝘥𝘦𝘴 𝘷𝘪𝘴𝘢𝘨𝘦𝘴 : 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘭’𝘢 𝘦́𝘤𝘳𝘪𝘵 𝘈𝘯𝘥𝘳𝘦́ 𝘚𝘶𝘢𝘳𝘦̀𝘴, « 𝘪𝘭𝘴 𝘱𝘢𝘳𝘵𝘦𝘯𝘵 𝘥𝘶 𝘮𝘰𝘥𝘦̀𝘭𝘦, 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘰𝘯 𝘲𝘶𝘪𝘵𝘵𝘦 𝘶𝘯 𝘱𝘰𝘳𝘵 𝘥’𝘢𝘵𝘵𝘢𝘤𝘩𝘦, 𝘦𝘵 𝘪𝘭𝘴 𝘪𝘯𝘷𝘦𝘯𝘵𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘦 𝘩𝘦́𝘳𝘰𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭’𝘩𝘰𝘮𝘮𝘦.

𝘛𝘰𝘶𝘵 𝘱𝘰𝘳𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵 𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯𝘦 𝘢𝘳𝘤𝘩𝘪𝘷𝘦 𝘥𝘦 𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘯𝘰𝘶𝘴 𝘢𝘷𝘰𝘯𝘴 𝘤𝘦𝘴𝘴𝘦́ 𝘥’𝘦̂𝘵𝘳𝘦. 𝘕𝘰𝘶𝘴 𝘩𝘢𝘣𝘪𝘵𝘰𝘯𝘴 𝘶𝘯𝘦 𝘦́𝘭𝘦́𝘨𝘢𝘯𝘤𝘦 𝘥𝘦 𝘧𝘪𝘯 𝘥𝘦 𝘳𝘢𝘤𝘦, 𝘰𝘶̀ 𝘭’𝘰𝘯 𝘱𝘳𝘦́𝘧𝘦̀𝘳𝘦 𝘦𝘯𝘤𝘰𝘳𝘦 𝘭𝘢 𝘱𝘰𝘦́𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘢̀ 𝘭𝘢 𝘷𝘦́𝘳𝘪𝘵𝘦́. 𝘊’𝘦𝘴𝘵 𝘯𝘰𝘵𝘳𝘦 𝘮𝘢𝘯𝘪𝘦̀𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘴𝘰𝘮𝘣𝘳𝘦𝘳 : 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘶𝘯𝘦 𝘵𝘰𝘯𝘢𝘭𝘪𝘵𝘦́ 𝘮𝘰𝘳𝘢𝘭𝘦 𝘪𝘳𝘳𝘦́𝘱𝘳𝘰𝘤𝘩𝘢𝘣𝘭𝘦 𝘦𝘵 𝘶𝘯 𝘴𝘦𝘯𝘴 𝘢𝘪𝘨𝘶 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘥𝘪𝘴𝘱𝘰𝘴𝘪𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘦𝘴 𝘰𝘮𝘣𝘳𝘦𝘴.

𝘝𝘰𝘺𝘦𝘻 𝘤𝘦𝘴 𝘱𝘰𝘳𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵𝘴 𝘲𝘶𝘪 𝘯𝘰𝘶𝘴 𝘵𝘰𝘪𝘴𝘦𝘯𝘵 𝘥𝘦𝘱𝘶𝘪𝘴 𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘤𝘢𝘥𝘳𝘦𝘴 𝘥𝘰𝘳𝘦́𝘴.  

𝘐𝘭𝘴 𝘨𝘭𝘪𝘴𝘴𝘦𝘯𝘵 𝘷𝘦𝘳𝘴 𝘭𝘦 𝘯𝘦́𝘢𝘯𝘵 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘶𝘯𝘦 𝘢𝘪𝘴𝘢𝘯𝘤𝘦 𝘥𝘦 𝘴𝘰𝘮𝘯𝘢𝘮𝘣𝘶𝘭𝘦𝘴. 𝘓𝘦𝘶𝘳 𝘵𝘦𝘯𝘶𝘦 𝘯’𝘦𝘴𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘶𝘯 𝘤𝘦́𝘳𝘦́𝘮𝘰𝘯𝘪𝘢𝘭 𝘥𝘦 𝘤𝘰𝘶𝘳, 𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘪𝘯𝘥𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘶𝘯𝘦 𝘮𝘺𝘴𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘥𝘶 𝘥𝘦́𝘥𝘢𝘪𝘯. 𝘐𝘭𝘴 𝘰𝘯𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘱𝘳𝘪𝘴 𝘲𝘶𝘦 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘷𝘢 𝘱𝘢𝘴𝘴𝘦𝘳, 𝘦𝘶𝘹, 𝘯𝘰𝘶𝘴 ; 𝘵𝘰𝘶𝘵, 𝘴𝘢𝘯𝘴 𝘦𝘹𝘤𝘦𝘱𝘵𝘪𝘰𝘯. »

Toujours cette alliance rare entre grâce et lucidité.

Et je ne peux terminer cette chronique sans parler de la couverture. Magnifique.

C’est La Reine de la nuit, d’Augustin Frison-Roche : une figure calme, presque immobile, un oiseau sur le doigt qui pourrait fuir à tout instant. 

Tout est là. La maîtrise, la menace, la suspension. 

*De l’univers visible et invisible – Éloge de l’art* est un livre rare, un livre qui ne nous  explique pas le monde, mais qui modifie notre façon de regarder. Il parle de la joie. Celle qui ouvre et fait accueillir. La joie est un « organe vital ».

Et ces mots d’André Suarès  me reviennent. Ils sont dans *Le voyage du Condottière* en Italie :

« 𝘜𝘯 𝘩𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘷𝘰𝘺𝘢𝘨𝘦 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘴𝘦𝘯𝘵𝘪𝘳 𝘦𝘵 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘷𝘪𝘷𝘳𝘦. 𝘈̀ 𝘮𝘦𝘴𝘶𝘳𝘦 𝘲𝘶’𝘪𝘭 𝘷𝘰𝘪𝘵 𝘥𝘶 𝘱𝘢𝘺𝘴, 𝘪𝘭 𝘴𝘦 𝘧𝘢𝘪𝘵 𝘤𝘩𝘢𝘲𝘶𝘦 𝘫𝘰𝘶𝘳 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘳𝘪𝘤𝘩𝘦 𝘥𝘦 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘤𝘦 𝘲𝘶’𝘪𝘭 𝘥𝘦́𝘤𝘰𝘶𝘷𝘳𝘦. 𝘝𝘰𝘪𝘭𝘢̀ 𝘱𝘰𝘶𝘳𝘲𝘶𝘰𝘪 𝘭𝘦 𝘷𝘰𝘺𝘢𝘨𝘦 𝘦𝘴𝘵 𝘴𝘪 𝘣𝘦𝘢𝘶, 𝘲𝘶𝘢𝘯𝘥 𝘰𝘯 𝘭’𝘢 𝘥𝘦𝘳𝘳𝘪𝘦̀𝘳𝘦 𝘴𝘰𝘪 : 𝘪𝘭 𝘯’𝘦𝘴𝘵 𝘱𝘭𝘶𝘴, 𝘦𝘵 𝘭’𝘰𝘯 𝘥𝘦𝘮𝘦𝘶𝘳𝘦 ! »

Et combien nous avons vu, nous avons appris en traversant ce livre…

À notre tour, nous avons trouvé demeure…

Stéphane Barsacq *De l’univers visible et invisible, éloge de l’art*

Le Passeur Editeur

Couverture Augustin Frison-Roche, *La Reine de la nuit*

Chroniques

*Les Dires portant*

*𝗟𝗲𝘀 𝗗𝗶𝗿𝗲𝘀 𝗽𝗼𝗿𝘁𝗮𝗻𝘁* 𝗼𝘂 𝗹𝗲 𝗽𝗼𝗲̀𝗺𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝘃𝗼𝗶𝗹𝗶𝗲𝗿, 𝗹𝗮 𝗽𝗲𝗶𝗻𝘁𝘂𝗿𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗵𝗼𝘂𝗹𝗲…

Eve de Laudec (Eve Chapel) et Sophie Brassart  composent ici un recueil de passages et de surgissements. 

Rien n’y relève du dialogue convenu entre texte et image.

C’est là une égalité rare.

Le poème ne commande pas à la peinture.

La peinture ne corrige pas le poème.

– Chacune crée depuis son foyer de nécessité.

– Chacune risque sa forme.

– Chacune demeure souveraine.

Et de cette indépendance naît non pas un face-à-face, mais une alliance où texte et couleur se relancent, se déplacent, s’inventent mutuellement.

Eve de Laudec cingle vers un rivage et porte ses fêlures comme une voilure.

Et Sophie Brassart, avec ses éclatés de couleurs, donne à cette navigation sa houle, son ressac, son horizon …

« J’𝘢𝘪 𝘷𝘶 𝘭’𝘦𝘴𝘱𝘳𝘪𝘵 𝘥𝘦 𝘥𝘦𝘶𝘹 𝘧𝘦𝘮𝘮𝘦𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴𝘦𝘳 […], 𝘦𝘯𝘵𝘦𝘯𝘥𝘶 𝘭𝘦𝘶𝘳 𝘴𝘰𝘶𝘧𝘧𝘭𝘦 𝘦𝘵 𝘷𝘶 𝘥𝘦𝘴 𝘴𝘰𝘭𝘦𝘪𝘭𝘴… »

écrit en Préface Régis Nivelle…

Et à notre tour, nous voyons les deux magnifiques « danseuses… »

Eve de Laudec et Sophie Brassart – *Les Dires portant* – Tarmac éditions

Photos Eve de Laudec et Sophie Brassart sous copyright (album personnel)

Chroniques

*Une si fragile présence*

« 𝘊𝘢𝘳 𝘴𝘪 𝘭𝘦 𝘤𝘰𝘯𝘤𝘦𝘳𝘵𝘰 𝘥𝘦 𝘙𝘢𝘤𝘩𝘮𝘢𝘯𝘪𝘯𝘰𝘷, 𝘭𝘢 𝘱𝘢𝘨𝘦 𝘥𝘦 𝘗𝘳𝘰𝘶𝘴𝘵, 𝘭𝘦 𝘤𝘰𝘳𝘱𝘴 𝘧𝘭𝘢𝘮𝘣𝘦́ 𝘥𝘶 𝘎𝘳𝘦𝘤𝘰, 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘴𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘶 𝘝𝘢𝘭 𝘥’𝘖𝘳𝘤𝘪𝘢, 𝘭𝘦 « 𝘲𝘶’𝘶𝘯 𝘣𝘦𝘢𝘶 𝘥𝘦́𝘴𝘦𝘴𝘱𝘰𝘪𝘳 𝘢𝘭𝘰𝘳𝘴 𝘭𝘦 𝘴𝘦𝘤𝘰𝘶𝘳𝘶̂𝘵 » 𝘥𝘶 𝘷𝘪𝘦𝘪𝘭 𝘏𝘰𝘳𝘢𝘤𝘦 𝘰𝘶 𝘭𝘦𝘴 𝘺𝘦𝘶𝘹 𝘥𝘦 𝘮𝘢 𝘨𝘳𝘢𝘯𝘥-𝘮𝘦̀𝘳𝘦 𝘰𝘯𝘵 𝘳𝘦́𝘴𝘪𝘴𝘵𝘦́ 𝘢̀ 𝘭𝘢 𝘨𝘭𝘰𝘶𝘵𝘰𝘯𝘯𝘦𝘳𝘪𝘦 𝘥𝘦 𝘭’𝘰𝘶𝘣𝘭𝘪, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘲𝘶’𝘪𝘭𝘴 𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘦𝘯𝘵, 𝘤𝘩𝘢𝘤𝘶𝘯 𝘢̀ 𝘭𝘦𝘶𝘳 𝘮𝘢𝘯𝘪𝘦̀𝘳𝘦, 𝘭𝘦𝘴 𝘮𝘦𝘴𝘴𝘢𝘨𝘦𝘳𝘴 𝘥’𝘶𝘯 𝘢𝘮𝘰𝘶𝘳 𝘲𝘶𝘪 𝘯𝘦 𝘱𝘦𝘶𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘮𝘰𝘶𝘳𝘪𝘳. »

Cet extrait est dans le livre d’ Emmanuel Godo  *Une si fragile présence*  aux Éditions Albin Michel. 

C’est un livre comme une confidence,  comme une nuit à la belle étoile où nous regardons le ciel à la recherche à la fois d’un signe de Dieu et peut-être de ceux qu’on aime et qui nous ont aimés .

Nous sommes en Italie. À Ravenne, dans la Basilique de St Apollinaire in Class. Devant une mosaïque de la Transfiguration. 

Emmanuel Godo est saisi par le dépouillement qui appelle à « regarder ».

Et là commence le chant d’amour. Et là, se « glisse » la photo de ses parents, jeunes, élégants et amoureux. Ils sont dans un restaurant et un photographe prend la photo. La mère regarde comme au-delà de l’objectif. Elle est rieuse et son regard défie la métaphore de la mort qui est dans chaque photo.

*Une si fragile présence* est un livre sur l’absence et c’est un livre de retrouvailles.

Que l’on soit croyant ou pas, on ne peut qu’être transporté par la beauté de cette méditation autour de l’Amour, de l’absence et de la Vie.

Et nous refermons le livre doucement. 

*Une si fragile présence* est entre les pages. Pareille à cette lampe servante (comme me l’a appris une amie) qu’on laisse sur scène après l’extinction des feux. 

Elle est là en veille, pour empêcher quiconque  qui entrerait dans la salle sans lumière, de trébucher.

Emmanuel Godo, *Une si fragile présence*, Éditions Albin Michel