Chair à vif …
« Il y a des blessures qui nous forcent à descendre en nous-mêmes. Des blessures qui déchirent la chair, mais qui ouvrent le cœur. »
*Une écharde dans la chair*, de Réginald Gaillard, c’est l’histoire d’une vulnérabilité. D’un aveu de vulnérabilité. De vertige. D’une forme de folie. Charnelle l’histoire… terrible l’apnée, Sacrée et pleine de grâce la remontée…
Une femme est venue. Une femme s’en est allée.
Et toute la souffrance de celui qui reste éclate. Elle tonne cette souffrance. Elle tonne la chair en manque. Elle tonne la descente aux enfers, elle tonne la faim de l’autre :
– La nuit remue / elle me triture les tripes / elle me ramène à cette privation, toi que…
Et toute la lenteur d’un temps vide, sans pitié :
– Tout résonne de toi, tout autour / sauf moi, instrument aphone / qui ne joue ni ne chante plus.
Et l’écharde continue de faire mal malgré les suppliques… et bien sûr on entend au loin l’apôtre Paul : « … Il m’a été mis une écharde dans la chair… ».
Et Réginald Gaillard continue son récit comme un séisme et ses répliques. Et vient enfin le moment où il consent…Où il accepte de faire face à ce soi ! Et il le déplie en un formidable chant :
– Cette écharde, invisible aux yeux du monde, est le lieu même de ma rencontre avec la grâce.
Toute la beauté de l’écriture de Reginald Gaillard. C’est un poète ne l’oublions pas.
Ce recueil est également une quête. Une quête de pardon peut-être. Et la voix au fur et à mesure se fait grave pour appeler Celui qui doit entendre. Le rythme habite le recueil en entier. Les mots s’accordent à chaque frisson, à chaque manque, à chaque aube et soudain les mots rencontrent d’autres mots… et c’est la grâce… l’état de grâce…le miracle de la foi.
« Le regard imagine une terre espérée, elle pourrait être une phrase,
– ou, mieux, un vers, un seul vers qui tiendrait, en suspens, entre nos lèvres »
Réginald Gaillard, *Une écharde dans la chair*, Editions de Corlevour / revue la forge
Magnifique Préface de Michael Edwards de l’Académie française