{"id":735,"date":"2025-10-23T16:00:29","date_gmt":"2025-10-23T14:00:29","guid":{"rendered":"https:\/\/jeanneorient.com\/?p=735"},"modified":"2025-10-23T16:00:29","modified_gmt":"2025-10-23T14:00:29","slug":"requiem-au-bord-du-jour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeanneorient.com\/?p=735","title":{"rendered":"*Requiem au bord du jour*"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Vincent,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Combien j\u2019aurais voulu te parler, te contredire, te convaincre de rester. Mais c\u2019est trop tard.\u00a0Alors je t\u2019\u00e9cris depuis cette zone blanche o\u00f9 peut-\u00eatre tu entends encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tes mots demeurent Vincent. Fragiles et lumineux. Ils sont pareils \u00e0 ces vies minuscules que tu as su regarder avant qu\u2019elles ne s\u2019\u00e9teignent. L\u2019ombre ne les engloutira plus. Tu les as rendues au jour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce \u00e0 toi, elles ont des pr\u00e9noms : Gaspard, Julietta, Saturnin, Malik, Alban, Madame Saindoux, Monsieur Chevallet. Leurs silhouettes marchent dans des villes comme Sansoley, Istanbul, Guignon.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tu leur as offert \u00e0 ces vies minuscules et immenses, des chiens, des chambres, des rires, un peu de ciel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Et puis il y a Margot, cette enfant qui regarde le monde sans savoir encore que tu lui manques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Dans *Requiem au bord du jour*, tu traverses nos vies Vincent, comme on traverse un fleuve en crue. Attentif, les bras ouverts, risquant toujours d\u2019\u00eatre emport\u00e9 par la douleur de l\u2019autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Dans chaque vacillement, tu portes&nbsp; ta part d\u2019ombre. Secr\u00e8tement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tu nous as appris combien les maisons changent de propri\u00e9taires, de locataires, de \u00ab vivants. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Combien les villes, les rues&nbsp; se doublent de noms, Camus 1, Camus 2 et combien pourtant le manque \u00e0 vivre d\u00e9vore les esp\u00e9rances, les r\u00e9voltes, l\u2019amour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tu as su dire ce que nous taisons. Que nous sommes tributaires du destin de l\u2019autre, m\u00eame \u00e0 notre insu. Que nous sommes tributaire de notre propre histoire, m\u00eame \u00e0 notre insu\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Que le bruit du temps claque en nous. Que nos cernes sont comme les plis dans lesquels parfois se cachent des bu\u00e9es de soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tu as tent\u00e9 toutes les digues cens\u00e9es emp\u00eacher la terrible vague.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">On croyait, en te lisant, que rien n\u2019allait arriver, pas encore, qu\u2019il restait des chapitres, un dernier lever de rideau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Mais tu \u00e9tais en partance depuis longtemps. Ce livre, *Requiem au bord du jour*, est un peu ton testament, comme une alerte, une offrande, une main tendue. Et quelle dr\u00f4le de co\u00efncidence, il est d\u00e9pos\u00e9 aux <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/editions.desinstants.98?__cft__%5B0%5D=AZX6QeL84lBhYeM2WEvh964QWgfmZeE9xNmKZBAO-O20U0-YIrrodS_a7cFH3TNPt-R-dh0SfdVLpy_gS42zyJLrMUhwTkxlkihefuVurd-K9uj3aOnTY2VogwoSbVKuf4oAgxoCyGAaiqPYtFxmZQVsRw5acwkkLrk52sWEhuH2SQ&amp;__tn__=-%5DK-R\"><strong>Editions Des Instants<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Toute ta courte vie Vincent est comme une \u00e9dition d\u2019instants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tu ne sanctifiais ni la science ni la technologie dont nous sommes devenus des p\u00e8lerins aveugles parfois. Nous en avons fait des dieux pa\u00efens qui nous d\u00e9truisent \u00e0 notre insu. Pas toujours bien s\u00fbr, mais quelle fascination folle&nbsp; nous avons pour ce qui asservi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tu as aussi parl\u00e9 de libert\u00e9. Monsieur Chevallet avait d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e tr\u00e8s avanc\u00e9e sur le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Toi, pour ne pas nous effrayer, tu d\u00e9crivais les cr\u00e9puscules, les aubes et cette ligne de fuite qui m\u00eame si elle semble aspirer ne dit rien de plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Le rideau est&nbsp; tomb\u00e9. Le dernier acte a eu lieu loin de nos yeux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Mais il reste ton livre, ce fragment lumineux que l\u2019on tient encore dans la main. Que l\u2019on peut lire et relire. Comme une possible passerelle entre nous et toi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Nous ne sommes plus sur la m\u00eame fr\u00e9quence et pourtant parfois comme un gr\u00e9sillement&nbsp; sur la ligne. C\u2019est peut-\u00eatre le vent, l\u2019orage ou toi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tu nous laisses la vie Vincent. Sa beaut\u00e9, sa violence, ses rebonds.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Ton livre ne cl\u00f4t rien.\u00a0Il nous confie le reste du voyage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Extrait&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">\u00c0 L&rsquo;AUBE, la terre commence \u00e0 tourner. La nuit on ne sait pas, on ne sait jamais, c&rsquo;est moins flagrant. C&rsquo;est l&rsquo;heure bleue qui fixe tout \u00e7a. \u00c0 partir de l\u00e0 tout s&rsquo;affaire, tout s&rsquo;agite. \u00c7a commence assez doux d&rsquo;abord, \u00e7a p\u00e9pie, \u00e7a gazouille. On entend le ramage chasser les \u00e9toiles. Mais cela ne dure pas \u00e9videmment. Les piafs se font damer le concerto par l&rsquo;orph\u00e9on urbain. D\u00e9j\u00e0 le tacot des \u00e9boueurs arpente la rue, s\u00e8me son moteur dans un sillon de bruit. Tr\u00e8s vite les gens arrivent et de toutes parts, investissent le pav\u00e9, le bitume, butent, cognent les uns avec les autres. Ils jouent \u00e0 colin-maillard, tout le monde a le bandeau\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Vincent Petitdemange, *Requiem au bord du jour*, Editions Des Instants<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vincent, Combien j\u2019aurais voulu te parler, te contredire, te convaincre de rester. Mais c\u2019est trop tard.\u00a0Alors je t\u2019\u00e9cris depuis cette zone blanche o\u00f9 peut-\u00eatre tu entends encore. Tes mots demeurent Vincent. Fragiles et lumineux. 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