{"id":410,"date":"2024-11-30T14:09:13","date_gmt":"2024-11-30T13:09:13","guid":{"rendered":"https:\/\/jeanneorient.com\/?p=410"},"modified":"2024-11-30T16:08:03","modified_gmt":"2024-11-30T15:08:03","slug":"le-phare-est-un-soliste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeanneorient.com\/?p=410","title":{"rendered":"Le phare est un soliste&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Quel est donc ce myst\u00e9rieux sujet ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On peut consid\u00e9rer le discours, qu&rsquo;il soit musical ou verbal, comme l&rsquo;art de fa\u00e7onner le silence, ce silence qui permet \u00e0 l&rsquo;objet de se dessiner dans le miroir qu&rsquo;est l&rsquo;auditeur. Il en nait cette relation curieuse et vertigineuse \u00e0 trois personnages : le soliste, l&rsquo;auditeur et le silence qui les relie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Solitude du phare !&nbsp; Magnifique solitude, liant les bruits de la terre \u00e0 la fureur de la mer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Se retrouver seul face au public, au lecteur, seul avec sa voix, avec son instrument ou seul devant la page blanche, est un moyen privil\u00e9gi\u00e9 d&rsquo;ouvrir l&rsquo;imaginaire d\u2019un auditoire, d\u2019un lectorat et de r\u00e9veiller ses interrogations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lorsque je  \u00ab\u00a0prends la parole\u00a0\u00bb, je r\u00e9clame des autres le silence, et s&rsquo;ils me l&rsquo;accordent, le sujet se doit d\u2019\u00eatre important. C&rsquo;est bien le sujet qui est important, c&rsquo;est lui qui\u00a0 concentre l&rsquo;\u00e9coute et le regard et non pas moi&#8230;\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quel est donc ce myst\u00e9rieux sujet ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Dialogue imaginaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quand le musicien se retrouve seul, il \u00e9prouve souvent le besoin de revenir vers celui qui lui a prodigu\u00e9 tant de conseils, comme on revient vers \u00ab\u00a0l&rsquo;arbre ami\u00a0\u00bb, dont on connait les racines fortes et l&rsquo;ombre protectrice. Il n&rsquo;est pas rare alors d&rsquo;entamer comme un dialogue&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00ab\u00a0&#8211; J&rsquo;ai la confiance et la certitude de mon travail, Ma\u00eetre. Mais je sens qu&rsquo;il me manque encore quelque chose&#8230; Que puis-je faire de plus ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">&#8211; Tu poss\u00e8des la technique, je te l&rsquo;ai enseign\u00e9e et puis ton propre don. Mais ils ne seront rien sans l&rsquo;\u00e9motion. L&rsquo;\u00e9motion est seule capable de convaincre. Mais ce n&rsquo;est pas de ton \u00e9motion dont il s&rsquo;agit, elle ne se transmet pas ; il s&rsquo;agit de celle que tu dois provoquer. Quant \u00e0 ton travail, il doit passer totalement inaper\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">&#8211; Est-ce \u00e0 dire que je dois laisser l&rsquo;impression d&rsquo;un voyage r\u00e9ussi et au final celui que l&rsquo;auditeur aurait lui-m\u00eame imagin\u00e9 faire ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">&#8211; C&rsquo;est un peu cela. Tu dois \u00e9laborer un programme en tenant compte de quelques \u00e9l\u00e9ments : avoir un fil conducteur, un seul, pour la clart\u00e9 et qui fera lien pour toutes les \u0153uvres jou\u00e9es. N&rsquo;oublie pas que dans tout voyage, il doit y avoir des points de rep\u00e8res : toute nouveaut\u00e9 s&rsquo;appuie et se d\u00e9couvre par ce qui est d\u00e9j\u00e0 connu. Et pour poursuivre sur l&rsquo;id\u00e9e du voyage, il n&rsquo;en est pas de meilleur qui ne contienne quelques haltes. Ne les n\u00e9glige pas, ce sont elles aussi qui donnent du rythme au r\u00e9cital.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">&#8211; Admettons que tout cela soit r\u00e9alis\u00e9, n&rsquo;y a-t-il pas au moment fatidique, celui du concert, le risque d&rsquo;un faux pas ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">&#8211; Si, et il faut l&rsquo;accepter. Andr\u00e8s Segovia disait que d\u00e8s que l&rsquo;on commence \u00e0 jouer on est en \u00e9quilibre sur un fil. Mais l&rsquo;\u00e9quilibre est un sens qui se travaille et se d\u00e9veloppe&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">&#8211; On ne joue pas sur sc\u00e8ne comme on joue \u00e0 la maison et il ne faut surtout pas tenter de retrouver les sensations qu&rsquo;on avait chez soi, elles ne seront pas au rendez-vous et elles me perdraient. C&rsquo;est bien cela ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">&#8211; Tout \u00e0 fait. La ma\u00eetrise du sujet est le minimum requis, il n&rsquo;y a pas \u00e0 y revenir. Mais il faut se pr\u00e9parer \u00e0 cette n\u00e9cessaire libert\u00e9 de jeu au moment \u00ab\u00a0fatidique\u00a0\u00bb, comme tu disais tout \u00e0 l&rsquo;heure, ne pas \u00eatre enferm\u00e9 dans un cadre trop rigide. Les sensations que l&rsquo;on \u00e9prouve sur sc\u00e8ne sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles de tous les jours. La notion m\u00eame de temps est diff\u00e9rente. Sur sc\u00e8ne tout semble aller plus vite, et on commet souvent l&rsquo;erreur de ne pas prendre son temps, celui n\u00e9cessaire \u00e0 s&rsquo;accorder, se pr\u00e9parer, respirer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u0153uvre interpr\u00e9t\u00e9e. Tout accident prend une dimension plus importante qu&rsquo;elle n&rsquo;est r\u00e9ellement. L\u00e0 aussi il faut se pr\u00e9parer \u00e0 r\u00e9tablir l&rsquo;ordre des choses. En outre, tu es le seul \u00e0 savoir ce que tu as pr\u00e9par\u00e9, alors s&rsquo;il te semble d\u00e9vier l\u00e9g\u00e8rement de ton chemin, poursuis avec cet instant qui te guide vers ce petit ailleurs, avec cette libert\u00e9 des improvisateurs dont la grille d&rsquo;accords est le seul soutien.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Fin du dialogue<\/strong>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lecteurs, si vous avez suivi jusqu&rsquo;ici en conservant quelque int\u00e9r\u00eat \u00e0 mes propos, demandez vous qu&rsquo;avais-je besoin d&rsquo;autre&nbsp; chose que ma seule voix pour vous mener jusqu&rsquo;au mot <strong>fin<\/strong>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Si l\u2019exploitation de sa propre solitude ne repr\u00e9sente aucun int\u00e9r\u00eat, le soliste en sc\u00e8ne ou le soliste-auteur est n\u00e9cessairement celui qui part \u00e0 la recherche de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Enfin, pour reprendre un article paru dans le Journal de Gen\u00e8ve le 09 octobre 1925 relatant un concert d\u2019Andres Segovia :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00ab&nbsp;Andres Segovia est toujours seul avec sa guitare, mais celle-ci devient innombrable.&nbsp;\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quel est donc ce myst\u00e9rieux sujet ? On peut consid\u00e9rer le discours, qu&rsquo;il soit musical ou verbal, comme l&rsquo;art de fa\u00e7onner le silence, ce silence qui permet \u00e0 l&rsquo;objet de se dessiner dans le miroir &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":411,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"class_list":["post-410","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-blog-notes-de-alain-hoareau","latest_post"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/410","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=410"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/410\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":422,"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/410\/revisions\/422"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/411"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=410"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=410"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanneorient.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=410"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}